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Retrouver le plaisir de bien manger
- Publié le vendredi 4 juillet 2008
Sommaire de l'article : page 4 / 5
La santé plus préoccupante que le goût
Parallèlement, il est admis de plus en plus que la montée du diabète, de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et des cancers serait due en partie à ce que nous mangeons. Les recommandations gouvernementales et médicales, les messages sanitaires se multiplient et modifient la représentation de l’alimentation.
Ainsi, il y a quelques années, on vantait le goût des pêches, aujourd’hui on insiste sur leur apport en matière de santé. "Il existe un problème d’éducation nutritionnelle en France, reconnaît Pascale Hebel. L’attention des pouvoirs publics se focalise sur les aspects sanitaires de l’alimentation, aux dépens de la dimension de plaisir."
Assaillis de recommandations nutritionnelles, d’injonctions parfois contradictoires brouillant sérieusement le message, bon nombre de consommateurs sont devenus des mangeurs inquiets, culpabilisés, plutôt que des convives heureux.
L’alimentation s’adapte aux modes de vie
Il faut dire que l’offre alimentaire est en constante évolution, car les industriels s’adaptent au fil des ans à la façon de vivre et de travailler des Français et à la modification de leurs comportements alimentaires. "On est passé de la génération 'rationnement' à celle du réfrigérateur, puis du robot électrique, de l’hypermarché et aujourd’hui du 'low cost', pour arriver à l’actuelle tendance du plateau-repas", explique Pascale Hebel, directrice du département consommation du Crédoc.
La généralisation du travail des femmes, l’augmentation des temps de transport, celle du nombre de familles monoparentales et de célibataires, l’aspiration aux loisirs influent toutes dans le même sens sur le comportement de nos contemporains à table.
Des produits "prêts à l’emploi"
Conséquence : on demande des produits pratiques et faciles à préparer en un minimum de temps. On réduit le nombre de plats du dîner ou du déjeuner (deux au lieu de trois) et les temps de préparation. On ne déjeune ni ne dîne à heures fixes, on saute un repas, et on se précipite sur les produits transformés au détriment des produits de base (fruits et légumes frais, pommes de terre, pain, viande, poisson).
Les jeunes générations, en recherche de "temps pour soi", sont à l’affût des produits prêts à l’emploi qui leur épargnent les corvées d’épluchage, de lavage, de préparation et de cuisson. L’industrie agroalimentaire répond à ces attentes en offrant des produits de plus en plus préparés, précuits, cuisinés, allégés, enrichis, sous vide, surgelés…
Garantir la sécurité sanitaire
Ces produits offrent une sécurité sanitaire satisfaisante si l’on respecte la chaîne du froid et les dates limites de consommation. Cependant, bon nombre de produits industriels comportent leur lot d’additifs (conservateurs, colorants) ou d’arômes artificiels. Et les derniers épisodes de crise alimentaire (vache folle, poulet à la dioxine, grippe aviaire…) ont rappelé aux Français que le risque zéro n’existe pas ! Quant au débat sur les OGM, il n’est pas fait non plus pour les rassurer !
Curieusement, malgré l’abondance, la part des dépenses alimentaires dans le budget des ménages est en diminution continue. Selon l’enquête du Crédoc sur le budget des ménages réalisée en 2007, les coups portés au pouvoir d’achat et l’augmentation des sommes consacrées au logement entraînent un fort ralentissement des dépenses d’alimentation (- 10 % en deux ans). Et c’est sur les produits frais que la consommation baisse. Un jeune adulte en achète huit fois moins que ses grands-parents.
La santé plus préoccupante que le goût
Parallèlement, il est admis de plus en plus que la montée du diabète, de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et des cancers serait due en partie à ce que nous mangeons. Les recommandations gouvernementales et médicales, les messages sanitaires se multiplient et modifient la représentation de l’alimentation.
Ainsi, il y a quelques années, on vantait le goût des pêches, aujourd’hui on insiste sur leur apport en matière de santé. "Il existe un problème d’éducation nutritionnelle en France, reconnaît Pascale Hebel. L’attention des pouvoirs publics se focalise sur les aspects sanitaires de l’alimentation, aux dépens de la dimension de plaisir."
L’avis de Michèle Le Barzic, psychologue clinicienne
Manger fait du bien, énonce Michèle Le Barzic, psychologue clinicienne à l’Hôtel-Dieu, à Paris. On le sait depuis la naissance. N’oublions pas la triple fonction de l’aliment, qui est à la fois de nourrir, de réjouir et de réunir. Le plaisir alimentaire ne se prescrit pas, il dépend de la qualité gustative des aliments, des conditions de déroulement du repas, du climat affectif extérieur, de l’état intérieur du mangeur.
Pour pallier les effets du discours médical sur la fonction alimentaire, il faut transmettre aux enfants la notion de plaisir et être attentif aux goûts et dégoûts innés. Les mères ont aujourd’hui le sentiment de ne pas savoir le faire et craignent de mal faire. Il faut leur expliquer que ce n’est ni compliqué ni dangereux de mettre en place un bon équilibre alimentaire.
