L'automédication sans les risques
- Actualisé le lundi 8 octobre 2007
Se soigner seul nécessite un minimum d'apprentissage : il est indispensable de s'informer auprès de sources sûres afin de savoir jusqu'où on peut aller.
Néanmoins, 4 500 médicaments sont déjà disponibles sans ordonnance et les laboratoires se ruent sur ce nouveau marché, pour lequel ils ont le droit de faire de la publicité auprès du grand public. Ce n'est pas une raison pour écouter leurs sirènes et avaler n'importe quoi n'importe quand.
A consommer avec modération
Nous n'avons déjà que trop tendance à préférer prendre un médicament plutôt que de changer notre mode de vie ou de faire un peu de sport. Par ailleurs, un médicament n'est pas un produit de consommation comme un autre : on ne l'essaie pas comme un yaourt "parce qu'on l'a vu à la télé".
Prendre conseil à la pharmacie
Lorsqu'on a un problème, il est plus judicieux de consulter son pharmacien que d'écouter la publicité ! On peut à toute heure pousser la porte d'une pharmacie, certain d'y trouver des produits fiables et un conseiller apte à nous guider.
Tout le monde peut soigner seul un bouton de fièvre, mais le pharmacien ne se contentera pas de nous remettre la crème antivirale spécifique. Il saura aussi nous rappeler les précautions à prendre pour éviter la contagion et les mesures qui permettent de se protéger des récidives. Les officines proposent un nombre impressionnant de brochures gratuites (sur les allergies, les mycoses, etc.) qui renforcent notre culture médicale.
Le pharmacien : un acteur clé
Aucun doute : le pharmacien est en première ligne du nouveau parcours de soins qui est en train de se dessiner. Les patients ne s'y trompent pas et se tournent de plus en plus vers son expertise : un tiers d'entre nous lui ont demandé des conseils en 2006.
Que ce soit pour valider les informations recueillies de bouche à oreille (sur les maux de ventre, le mauvais sommeil, la ménopause, etc.), pour lui confier un petit souci de santé ou le questionner sur le remède le plus efficace, il est souvent la première étape, avant même l'appel au médecin.
Jean Parrot, président du conseil de l'ordre des pharmaciens, estime que "les officines pourraient, dans l'avenir, comporter une zone réservée aux ordonnances et une autre, dite de confidentialité, dédiée à l'automédication".
Complémentarité avec le généraliste
Depuis quelques années, on assiste à un transfert de compétences des généralistes vers les pharmaciens : huit médecins sur dix se disent aujourd'hui d'accord pour leur déléguer le renouvellement des ordonnances des maladies chroniques, contre deux sur dix seulement en 2005.
Récemment, lorsque trois syndicats de pharmaciens ont signé avec deux mutuelles un accord prévoyant que leurs adhérents puissent bénéficier d'un bilan de prévention réalisé par un pharmacien, cette "consultation officinale" a soulevé un tollé chez les syndicats de praticiens.
Pourtant, tous ne sont pas hostiles à cette idée : ils pourraient se recentrer sur la prise en charge des maladies les plus lourdes, ce qu'ils ont parfois du mal à faire aujourd'hui, faute de temps.
Bientôt le dossier pharmaceutique informatisé
D'ores et déjà, le pharmacien exerce un rôle de vigilance, car, lorsqu'il nous vend un médicament, il engage sa responsabilité.
Cette protection va encore se renforcer avec le dossier pharmaceutique informatisé, actuellement testé dans six départements (Doubs, Meurthe-et-Moselle, Nièvre, Pas-de-Calais, Rhône et Seine-Maritime). La majorité des officines sont aujourd'hui équipées de logiciels qui recherchent les contre-indications et les redondances parmi les traitements qu'elles nous ont délivrés.
Avec le futur dossier pharmaceutique, cette analyse portera sur tous les médicaments délivrés au cours des trois derniers mois (sur ordonnance ou par automédication), dans cette pharmacie mais aussi dans toutes les autres. À terme, ce dossier s'intégrera évidemment dans le dossier médical personnel, permettant aux différents professionnels de santé qui suivent un patient de communiquer plus facilement.
Ne pas se prendre pour le médecin
Il reste que le pharmacien n'est pas médecin. S'il lui apparaît que nos symptômes ne relèvent pas de sa compétence, il nous recommandera de consulter un praticien. Ce que nous aurions parfois intérêt à faire spontanément dès le départ.
"Le danger pour le patient, c'est de ne raisonner qu'à partir du symptôme – dont il veut se débarrasser rapidement –, au risque de retarder un diagnostic. C'est ainsi qu'un désinfectant va apaiser momentanément une brûlure urinaire, et que l'infection risque de s'étendre aux reins", insiste le Dr François Baumann, président de la Société de formation thérapeutique du généraliste.
Accompagner le patient
Selon le Dr Baumann, "l'automédication bien conduite doit être accompagnée par le médecin traitant. Qu'il explique au moins une fois les règles d'hygiène à suivre pour éviter les cystites récidivantes, par exemple, et que, connaissant son patient, il lui conseille les “ressources” de première urgence à conserver dans sa pharmacie".
Les médecins s'impliquent de plus en plus dans cette éducation du patient, lui permettant d'accéder à une autonomie sans risque. Les personnes qui souffrent d'asthme ou de migraine, par exemple, savent généralement comment réagir selon les circonstances.
D'autres, malheureusement, jouent un peu aux apprentis sorciers, se pensant capables de diagnostiquer et de soigner seules une déprime, des douleurs intestinales ou des hémorroïdes.
Quand faut-il recourir au médecin ?
Tout d'abord, lorsque le "traitement maison" n'a pas d'effet après 48 heures ou quand les symptômes s'aggravent. Ensuite, lorsque les troubles se manifestent plusieurs fois. Qu'il s'agisse de simples rhumes, de maux de tête ou de brûlures d'estomac, un bilan initial est nécessaire pour voir s'il ne s'agit pas du début d'une maladie chronique, nécessitant un traitement de fond (migraine, allergie, ulcère).
Enfin, il faut être vigilant quand un symptôme inhabituel se manifeste. Pas besoin du médecin lorsqu'on a l'habitude de soulager ses jambes lourdes ; en revanche, si l'on néglige une douleur au mollet, on risque d'être victime d'un accident artériel beaucoup plus grave.
Internet, nouvelle source d'information
Si certains patients ont parfois trop tendance à penser qu'ils détiennent "une science médicale infuse", c'est parce qu'ils disposent d'une source d'information infinie : Internet.
Près d'un Français sur deux navigue sur la Toile pour trouver des informations sur une maladie ou un traitement. Il s'y réfère plus souvent qu'à son pharmacien, selon une enquête de l'Ifop en octobre 2006. Grand public ou spécialisés, les sites dédiés à la santé sont légion. Aussi, quelques règles s'imposent pour en faire bon usage.
Vérifier la nature et le contenu du site
Faites la différence entre un blog de patients (sur lequel n'importe qui peut dire n'importe quoi) et des informations qui émanent de médecins.
Il faut également être vigilant sur la nature du site et toujours vérifier que le contenu est validé par des scientifiques ou une labellisation officielle. En cliquant sur "Qui sommes-nous ?", mention présente en petits caractères en bas des pages consultées, on peut en principe contrôler si l'information provient d'un fabricant ou d'un spécialiste neutre.
Assurez-vous du fait que les données sont régulièrement actualisées, en cherchant la date de mise à jour. Et n'oubliez pas que les informations ont une portée générale. Elles donnent des moyennes statistiques, mais ne s'appliquent pas forcément à votre cas personnel. Internet ne permet en aucune façon un diagnostic, un pronostic ou une prescription individuels ;
Ne jamais acheter de médicaments sur Internet
Dans leur majorité, ceux vendus sur le Web n'ont pas fait leurs preuves scientifiques ou n'offrent aucune garantie de qualité (pour la moitié, il s'agirait de contrefaçons). D'ailleurs, leur vente par ce biais est illégale chez nous.
