Mettre des mots sur le non-dit
Mettre des mots sur le non-dit
L'imagination comble le manque
L’enfant risque alors de combler les "trous" avec son imagination : inventant des peurs encore plus terrifiantes que la réalité, ou se pensant responsable de la souffrance de ses parents. Parfois, l’omerta attise sa curiosité et lui donne envie de fouiller, ce qui peut même aller jusqu’à l’obsession.
Cependant, l’enfant privé de mots peut aussi somatiser, comme le jeune Bastien, vu en consultation par Harry Ifergan (coauteur, avec Rica Étienne, de "Mais qu’est-ce qu’il a dans la tête ? Comprendre l’enfant de 0 à 7 ans" et de "Mais qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ? 6-12 ans, l’âge incertain" aux éditions Poche J’ai Lu).
"Sa maman, enceinte, avait dû subir une interruption de grossesse, explique le psychologue. Partie le ventre déjà rond, elle était revenue le ventre plat, sans aucun commentaire. Quelques mois plus tard, Bastien a commencé à souffrir de constipation opiniâtre, nécessitant des consultations répétées à l’hôpital. Avec son gros ventre, Bastien exhibait le bébé volatilisé de sa mère : quand le pot aux roses a été découvert, ses symptômes ont disparu."
Une confiance qui s'estompe
L’enfant ressent notre émoi. Si on le nie, il peut perdre confiance en lui-même. À moins qu’il ne réalise que ses parents lui mentent.
"C’est terrible, un enfant qui perd confiance dans les adultes, s’exclame Martine Lani-Bayle. D’autant que, si la soif de savoir de l’enfant est réduite au silence, si on lui fait comprendre que les mots sont dangereux, plus que la vie, cela peut contaminer tout son rapport à la connaissance. Je l’ai constaté à de nombreuses reprises dans ma pratique : comment cultiver sa curiosité du monde si, très tôt, les savoirs sont interdits ou connotés danger ?"
C’est ainsi que les processus déclenchés par un secret peuvent se révéler bien plus néfastes que la vérité.
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