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Déjouer le chantage affectif
- Actualisé le jeudi 15 février 2007
Sommaire de l'article : page 2 / 4
Une prise de pouvoir en douceur
Paradoxalement, le chantage affectif part parfois d'un bon sentiment. Certains redoutent tellement de recourir à la domination brutale qu'ils essaient d'amener l'autre à se conformer à leurs desiderata par ce biais détourné. En évitant de donner un ordre, on s'épargne le conflit direct.
La frontière peut sembler subtile entre exprimer un désir et exercer une pression coupable. En fait, tout est dans l'intention et le contexte. Ou les relations sont équilibrées, ou c'est toujours le même qui impose ses désirs. "Si l'un de nos proches - amie, mari, enfant - commence à devenir tyrannique, c'est un signal d'alarme", prévient Muriel Mazet.
Une question de confiance
"Le plus souvent le chantage joue sur le sentiment de culpabilité, souligne Muriel Mazet, psychothérapeute. Certaines personnes y sont particulièrement sensibles. Elles se remettent constamment en question, ont peur de se montrer 'égoïstes'… et se laissent mener par le bout du cœur." Car ce dont on a peur, fondamentalement, c'est de perdre l'amour de l'autre. Et c'est bien ce qui lui donne sur nous un tel pouvoir.
Une prise de pouvoir en douceur
Paradoxalement, le chantage affectif part parfois d'un bon sentiment. Certains redoutent tellement de recourir à la domination brutale qu'ils essaient d'amener l'autre à se conformer à leurs desiderata par ce biais détourné. En évitant de donner un ordre, on s'épargne le conflit direct.
La frontière peut sembler subtile entre exprimer un désir et exercer une pression coupable. En fait, tout est dans l'intention et le contexte. Ou les relations sont équilibrées, ou c'est toujours le même qui impose ses désirs. "Si l'un de nos proches - amie, mari, enfant - commence à devenir tyrannique, c'est un signal d'alarme", prévient Muriel Mazet.
Savoir dire non à son enfant
Le chantage affectif se pratique très tôt… et l'on voit de plus en plus de parents y céder. "Ils désirent tellement rendre leur enfant heureux que, s'il boude ou pleure, ils sont tristes de le sentir triste, estime le Dr Hefez. Mais alors il n'y a plus de frontières : si l'adulte est dans la tête de l'enfant, il ne tient plus sa place. L'autorité, c'est marquer une différence, une hiérarchie entre soi et l'autre. Et supporter que l'enfant traverse un désagrément pour son bien à long terme. "
Lorsqu'un enfant se montre trop capricieux, nous sollicite en permanence, sans doute est-on allé trop loin. "Il existe une différence fondamentale entre un enfant qui exprime clairement un désir, et celui, nerveux, bougon, dont les demandes réitérées ne font que traduire un malaise, explique le Dr Hefez. Dans ce dernier cas, céder à sa volonté ne fera qu'aggraver la situation. Il ne faut surtout pas prendre ses demandes au pied de la lettre, mais essayer de percevoir ce qui se cache derrière : souvent, le besoin d'être rassuré par des limites, ainsi que des difficultés de séparation."
Le chantage n'est-il pas aussi une tentative pour retenir l'autre, à laquelle on se soumet parce qu'on est dans une relation fusionnelle ? Sans doute nous faut-il réapprendre à dire "non" à notre enfant et être vigilant pour ne pas se laisser manipuler… ni manipuler les autres. Car la menace, on l'a vu, nous guette de toute part.
L'avis de Muriel Mazet, psychothérapeute
Si on se rend compte qu'on fait très souvent les choses à contrecœur, simplement pour faire plaisir à l'autre, méfiance ! Le "sacrifice" ne doit pas être à sens unique, nous avons besoin de recevoir aussi. Lorsqu'on s'adapte en permanence aux désirs d'autrui, n'est-ce pas dans l'espoir que ces renoncements nous amèneront à être apprécié davantage ? Parce qu'on pense que, si on ne se conforme pas aux attentes des autres, ils ne nous aimeront pas, qu'on n'en vaut pas la peine ?
C'est une violence psychologique, car on renonce à être soi-même. Pour se débarrasser de cette tendance à être "trop gentil", il faut d'abord être à l'écoute de soi-même, se questionner - "Est-ce que j'ai envie de faire ce qu'on me demande ?" -, afin d'apprendre à identifier ses vrais désirs. Et avoir suffisamment conscience de sa propre valeur pour défendre ses besoins. On devient alors moins malléable. Et si la balance devient trop déséquilibrée, on sait dire : "Stop, là tu me demandes trop !" La juste mesure ? 50 % pour soi, 50 % pour les autres.
