Faut-il lui dire qu’il est né par PMA ?
Faut-il lui dire qu’il est né par PMA ?
Chaque année, 19 000 bébés naissent grâce à la procréation médicalement assistée (PMA). Faut-il évoquer avec eux cette origine particulière et, si oui, à quel moment ?
Le premier "bébé-éprouvette" a aujourd’hui 30 ans. Les techniques de procréation médicalement assistée sont entrées dans les mœurs, mais pour autant la parole est-elle libre vis-à-vis de l’enfant ?
Dans la majorité des cas, il s’agit d’inséminations "intraconjugales" : le sperme du père et l’ovule de la mère ne se rencontrent pas dans le ventre de la femme, mais cela ne change pas grand-chose pour l’enfant. Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, recommande tout de même de lui en parler : "Cela aide les couples à dédramatiser ce parcours difficile. Mais on peut attendre qu’une situation ou une question se présente, pour préciser : on te désirait tellement qu’on a eu besoin de l’aide de l’hôpital."
Le poids des "secrets de famille"
Le secret devient plus lourd lorsque les couples doivent recourir à des spermatozoïdes ou des ovocytes "étrangers" pour devenir parents. Pourtant, près de 70 % des enfants conçus ainsi l’ignorent. Pas facile de clamer une stérilité douloureuse… "Après la naissance, on a envie d’oublier le plus vite possible les années de galère et de mener une vie normale avec ses enfants", confie Élise à la sociologue Dominique Mehl qui a mené une enquête sur ce sujet.
Pendant longtemps, les Cecos (centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains) conseillaient de se taire. Mais la situation s’est banalisée et les psys ont alerté sur le poids des "secrets de famille". "L’enfant a des antennes extraordinaires pour entendre le non-dit, rappelle Geneviève Delaisi de Parseval. À travers nos émotions ou nos silences gênés, il perçoit un malaise. Alors, il se sent honteux, comme si, en naissant, il avait fait quelque chose de mal, et il se monte des films, s’imagine qu’il est né d’un adultère ou a été adopté."
Le silence est aussi lourd à porter pour le couple. Marie s’est tue durant vingt-deux ans. "J’ai tellement culpabilisé de mentir à ma fille que ça a modifié ma façon d’être avec elle. J’en voulais aussi à mon mari d’exiger ce secret." Si l’on a confié ses difficultés à avoir un bébé à des proches, l’enfant risque en outre d’apprendre la vérité par une maladresse.
Dès 4-5 ans
Une révélation trop tardive entame la confiance de l’enfant dans les adultes qui lui ont raconté des mensonges. Clara, qui n’a connu qu’à 19 ans le secret de sa conception, est convaincue que "plus l’enfant le sait tôt, plus il l’intègre facilement dans sa vie". Les spécialistes conseillent d’aborder le sujet dès ses 4-5 ans, avec des mots simples : "Tu sais, quelquefois une maman et un papa ne peuvent pas avoir un enfant facilement. Alors on demande à un autre père de famille s’il ne veut pas donner des petites graines."
Il ne s’agit pas d’en parler sans cesse, ou de manière trop solennelle. En regardant son fils dans son berceau, Dany lui dit déjà : "Oh là là, la dame qui nous a aidés, elle devait être drôlement belle, parce que tu es vraiment beau !" Dès leurs 2 ans et demi, Sandrine a lu à ses enfants un petit livre vendu au Cecos, intitulé "Mon histoire à moi", qui explique le parcours d’un enfant conçu après un don de sperme. Ce parti pris de la franchise implique néanmoins que tout le monde soit au courant, car les petits ont la langue bien pendue. Les deux membres du couple doivent aussi être d’accord sur l’attitude à tenir.Page suivante : Créer les bonnes conditions
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Pour moi il ne faut pas personnifier le donneur (et je dis bien "donneur" et non "géniteur", qui pour moi est encore autre chose).
Dire "on a demandé à un autre père de famille de donner ses petites graines" me gêne beaucoup.
On nous a conseillé de dire plutôt "on a demandé à la clinique de nous donner des petites graines", et pour ma part, lorsqu'il s'agit d'un jeune enfant qui se construit, ça me semble plus approprié.
L'explication plus précise peut venir plus tard au moment des questions induites par l'enfant lui-même.
Nous avons commencé à réellement en parler à notre fille vers un an, j'ai sincèrement confiance en l'avenir...
Nous nous sommes déplacés en Belgique pour avoir recours à des IAD en contournant le délai français (En parallèle nous nous sommes inscrits au cecos pour un deuxième bébé). Nous n'hésiterions pas à y retourner si la France levait, même partiellement l'anonymat, qui pour nous est primordial.