Retraite de base : décote ou surcote ?

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Véritable bonus-malus de la retraite, les mécanismes de décote et de surcote ont pour but d’inciter les salariés à travailler plus longtemps. Bien anticiper leur impact financier permet de partir au moment voulu… en toute connaissance de cause.

Les conditions pour obtenir une retraite à taux plein (sans décote) ne cessent de se durcir.

La retraite de Sécurité sociale versée à taux plein correspond à 50 % du salaire annuel moyen (ou SAM). Pour la percevoir dès l’âge légal de départ (entre 60 et 62 ans selon la génération), les salariés doivent avoir validé une durée minimale de cotisation à l'assurance vieillesse.

Cette durée est déterminée selon leur année de naissance.

Augmentation progressive de la durée de cotisation

La durée de cotisation à l'assurance augmente progressivement : 162 trimestres sont exigées pour les personnes nées en 1950, 163 pour celles nées en 1951, 164 pour celles nées en 1952, 165 pour les générations nées entre 1953 et 1954 et 166 pour celles nées entre 1955 et 1957.

La réforme des retraites votée fin 2013 prévoit un relèvement de la durée de cotisation applicable aux générations suivantes : 167 trimestres pour les personnes nées entre 1958 et 1960, 168 trimestres pour celles nées entre 1961 et 1963 et jusqu'à 172 trimestres pour celles nées en 1973 et après.

Un départ entre l’âge légal et l’âge du taux plein

Plusieurs possibilités sont envisageables.

Si vous avez validé le nombre de trimestres nécessaire, votre retraite vous sera servie selon la formule suivante : SAM (calculé à partir des salaires actualisés des 25 "meilleures" années pour les générations nées à partir de 1948) x taux plein (50 %) x nombre de trimestres validés rapporté au nombre de trimestres requis pour une carrière complète. Les salaires ne sont retenus que dans la limite du plafond de la Sécurité sociale.

Votre choix est alors le suivant.

  • Arrêter de travailler et percevoir votre retraite à taux plein.
  • Rester en activité quelques années supplémentaires pour arrondir votre pension de retraite en bénéficiant d’une surcote.

En revanche, si vous n’avez pas accumulé un nombre suffisant de trimestres, deux options s’ouvrent.

  • Poursuivre votre activité pour atteindre le taux plein (quelle que soit votre carrière, il est automatiquement attribué entre 65 et 67 ans, selon votre année de naissance).
  • Liquider quand même votre retraite : votre pension est alors calculée avec un taux minoré et vous subissez une décote définitive de son montant.

Le calcul de la décote

Comment cette décote est-elle calculée ? On dénombre d’une part les trimestres qui vous séparent de l’âge du taux plein, et d’autre part ceux qui sont nécessaires pour atteindre le nombre de trimestres requis. On retient la différence la moins pénalisante.

Puis on regarde le pourcentage de décote qui correspond à l’année de votre naissance. Et on le transforme en un coefficient de minoration qui s’applique au nombre de trimestres manquants.

Une décote par génération

La décote par trimestre manquant se calcule en pourcentage ou en points selon le mode de calcul utilisé. Exemple avec une personne née en 1947. Elle ne percevra pas 50 % mais 50 % – 2 % de 50 %, soit 50 % – 1 % = 49 %.

Année de naissance Coefficient de minoration en pourcentage Coefficient de minoration en points Taux minimum
1946 2,125 % - 1,125 27,5 %
1947 2 % - 1 30 %
1948 1,875 % - 0,9375 31,25 %
1949 1,75 % - 0,875 32,5 %
1950 1,625 % - 0,8125 33,75 %
1951 1,5 % - 0,75 35 %
1952 1,375 % - 0,6875 36,25 %
1953 et après 1,25 % - 0,625 37,5 %

Travailler plus longtemps

À l’inverse de la décote, la surcote permet aux personnes qui ont dépassé l’âge légal de départ et la durée d’assurance requise pour le taux plein, donc d’un nombre de trimestres validés suffisant, de doper leur retraite jusqu’à l’âge du taux plein, voire maintenant 70 ans, en profitant, pour chaque trimestre travaillé en plus, d’une majoration sur le montant de leur pension de base à taux plein.

La surcote ne s’applique qu’aux périodes d’activité effectuées après le 1er janvier 2004.

La surcote correspond à une majoration du montant de la retraite de 1,25 % par trimestre civil supplémentaire cotisé depuis le 1er janvier 2009. Pour ceux effectués avant, le taux est égal à 0,75 % du premier au quatrième trimestre supplémentaire, 1 % au-delà du 4e, et 1,25 % pour chaque trimestre de surcote accompli après le 65e anniversaire.

Comparer la surcote au cumul emploi-retraite

Avant d’opter pour la surcote, le salarié doit s’interroger sur l’opportunité qu’offre le cumul emploi-retraite et comparer les deux systèmes. En effet, un salarié peut faire valoir ses droits à la retraite, donc recevoir sa pension, et reprendre une activité.

Dans certains cas, notamment lorsque les salaires sont élevés, cette solution se révèle plus bénéfique que la surcote.

Exemples de calculs selon l'âge et la carrière

• Monique, née en mai 1948, chef de rayon dans un grand magasin. Salaire annuel moyen de référence : 23 760 € (1,5 Smic).

Elle ne totalisait que 152 trimestres, mais a pris sa retraite le 1er juillet 2009. Voici comment a été calculée la décote. La durée d’assurance requise pour qu’elle bénéficie du taux plein était de 160 trimestres.

Il lui manquait donc 8 trimestres, chiffre retenu car plus favorable que le nombre de trimestres avant ses 65 ans (16).

Son taux de remplacement a été calculé de la façon suivante : taux plein (0,5) – [{0,9375 (coefficient de minoration pour l’année 1948) x 8 (160 trimestres requis – 152 trimestres cotisés)}/100] = 0,425. La retraite de base de Monique a atteint, après décote, 9 593 € (23 760 € x 0,425 x 152/160).

Pour recevoir une pension de base à taux plein de 11 880 € (23 760 € x 0,5), elle aurait dû travailler jusqu’au 1er juillet 2011.

• Michel, né en septembre 1948, employé d’une jardinerie. Salaire annuel moyen de référence : 15 840 € (1 Smic).

Il a cotisé 148 trimestres, mais a pris sa retraite au cours de l’été 2009. Dans son cas, le coefficient de minoration a été obtenu de la façon suivante : taux plein (0,5) – [{0,9375 (coefficient de minoration de la génération 1948) x 12 (160 trimestres requis – 148 trimestres cotisés)}/100] = 0,3875.

La retraite de base de Michel, après application de la décote, s’est élevée à 5 677 € (15 840 € x 0,3875 x 148/160). Il aurait dû travailler jusqu’au 1er juillet 2012 (pendant encore 12 trimestres) pour percevoir une pension de base à taux plein de 7 920 € (15 840 € x 0,5).

• Sylvie, née en octobre 1949, assistante de direction. Hypothèse de salaire annuel moyen de référence, au moment de la liquidation de sa retraite : 31 680 € (2 Smic).

A 60 ans, en septembre 2009, elle ne cumulait que 161 trimestres cotisés, mais a décidé de travailler jusqu’à 65 ans, en janvier 2014 (pendant 17 trimestres de plus). Sa retraite de base sans surcote devrait s’établir à 15 840 € (31 680 € x 0,5).

Avec la surcote (1,25 % par trimestre supplémentaire travaillé, soit 21,25 % au total), elle devrait passer à 19 206 € (15 840 € + 3 366 € [15 840 x 0,2125]).

• Daniel, né en février 1953, garagiste salarié. Hypothèse de salaire annuel moyen de référence, au moment de la liquidation de sa retraite : 23 760 € (1,5 Smic).

A 61 ans et deux mois, en mai 2014, l’âge légal pour sa génération, il aura atteint le taux plein, avec 165 trimestres d’assurance. Il va travailler deux années de plus, soit 8 trimestres civils supplémentaires pour bénéficier d’une surcote ; il prendra sa retraite le 1er mai 2016.

Sa retraite de base sans surcote devrait s’établir à 11 880 € (23 760 x 0,5). Avec la surcote (1,25 % par trimestre supplémentaire travaillé, soit 10 %), elle atteindra 13 068 € (11 880 € + 1 188 €).

Quand recevrez-vous votre relevé de situation ?

Vous devez recevoir un relevé de vos droits connus dans l’ensemble des régimes de retraite obligatoires (ce document est intitulé "relevé de situation individuelle"), et à partir de 55 ans, puis tous les 5 ans, une estimation du montant de votre retraite future (ce document est intitulé "estimation indicative globale").

Pour savoir quand vous recevrez votre relevé et votre estimation, consultez le site www.info-retraite.fr.

Vous trouverez le calendrier de l'envoi des documents, par génération.

Bientôt un relevé de carrière actualisé accessible en ligne

La réforme des retraites de 2013 crée un nouveau service en ligne : vous pourrez consulter à tout moment votre relevé de carrière actualisé. La date d'entrée en application de cette mesure n'est pas connue.

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