L'automédication sans les risques
L'automédication sans les risques
Pousser la porte d’une pharmacie sans avoir consulté est de plus en plus fréquent. La prudence reste de vigueur. Même s’il s’agit d’un produit que vous avez déjà utilisé, mieux vaut demander l’avis du pharmacien ou de son médecin.
Pénurie de médecins dans certaines régions, déremboursement en série de médicaments… Les Français sont de plus en plus tentés de se débrouiller seul en recourant à l’automédication. Ils y consacrent en moyenne 30 € par an. C’est encore peu comparé aux Allemands (60 €), aux Italiens (47 €) ou aux Anglais (44 €), mais la tendance est à la hausse, avec près de 15 % de médicaments vendus sans ordonnance en 2009 contre moins de 10 % cinq ans plus tôt.
« La pénurie de médecins dans certaines régions a provoqué une augmentation des délais pour les consultations, incitant certains patients à venir chez le pharmacien, en particulier les actifs, entre 30 et 60 ans, qui ont besoin de se soigner vite », constate Christian Huet, pharmacien à Mer (Loir-et-Cher). « On voit des mamans qui achètent pour toute la famille, renchérit Jean Couvreux, pharmacien à Soisy-sous-Montmorency (Val-d’Oise). Les personnes âgées sont moins concernées, car elles ont déjà des ordonnances assez lourdes ».
Tous les médicaments ne peuvent pas être achetés
L’automédication concerne l’utilisation de médicaments achetés hors prescription médicale, donc sans ordonnance. On les appelle « semi-éthiques » quand ils peuvent être remboursés sur prescription (comme le paracétamol pour la douleur) ou « OTC » (over the counter : en vente libre) quand ils ne sont pas remboursables (comme les veinotoniques). Cela exclut les médicaments « éthiques », à prescription obligatoire, tels que les antibiotiques.
Depuis dix ans, de nombreux médicaments ont été déremboursés car leur « service médical rendu » était jugé insuffisant par la Haute Autorité de santé : bains de bouche, sirops fluidifiants, veinotoniques…
D’autres ont vu leur taux de remboursement baisser de 65 % (vignette blanche) à 35 % (vignette bleue), ou de 35 % à 15 % (vignette orange). Cette tendance au déremboursement devrait encore se renforcer en 2011, les vignettes bleues devant passer à 30 % à compter du 1er mars. « Denombreuses personnes ont des ordonnances où figurent des médicaments peu ou pas remboursés, même par les complémentaires santé, constate Jean Couvreux. Elles prennent donc l’habitude de les acheter directement en pharmacie sans passer par le médecin ».
Plus de 300 médicaments en vente libre
L’automédication est encore amplifiée par la création, depuis 2008, d’espaces « libre accès » dans les pharmacies, garnis d’un peu plus de 300 médicaments en vente libre. Et la liste officielle est réactualisée régulièrement. « Toutes les pharmacies ne s’y prêtent pas, cela dépend de la disposition, de la place…
Ici, cela n’a pas grand intérêt car la clientèle a l’habitude de s’adresser directement au comptoir », constate Christian Huet. Jean Couvreux, son confrère en région parisienne, a tenté l’expérience : « Nous mettons surtout les produits les plus demandés, mais les gens n’ont pas encore le réflexe de se servir. Notre rôle est de vérifier si le traitement qu’ils choisissent est adapté, s’il ne fait pas double usage avec un autre médicament, de rappeler la posologie maximale, etc. »
L’objectif de cet espace est de permettre aux clients de choisir plus librement leur produit et de comparer les prix. Attention ! Comme il existe parfois des produits plus avantageux derrière le comptoir (médicaments à vignette, générique, produits achetés moins chers par le pharmacien), le client a toujours intérêt à demander conseil au pharmacien.
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