Construire une maison écologique : quels matériaux choisir ?

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Construire et aménager sa maison à l’aide de matériaux naturels, c’est possible. Voici notre sélection d’éco-produits.

Economiser l'énergie et préserver sa santé

Aujourd’hui, les habitants des pays industrialisés passent environ 80 % de leur temps à l’intérieur d’un local, bureau ou logement. Pourtant, peu d’architectes ou de maîtres d’œuvre se soucient des problèmes de santé liés à l’habitat.

Pour économiser l’énergie, les logements sont devenus de plus en plus étanches, favorisant ainsi le développement de micro-organismes, vecteurs d’asthme et de maladies respiratoires. Opter pour une construction écologique, c’est d’abord respecter la santé des occupants et faire le choix de matériaux naturels adaptés aux conditions bioclimatiques du lieu d’implantation (ensoleillement, vents dominants, pluie, eau souterraine…).

Construire avec des matériaux naturels

Pour limiter les prélèvements de ressources naturelles, lors de la construction des logements, maisons ou appartements, on peut recourir à des matériaux d’origine renouvelable, comme le bois, le chanvre, la paille, la terre crue ou les briques monomur…

Le bois

En France, seule une maison individuelle sur quinze est construite en bois, contre une sur deux au Japon et neuf sur dix en Scandinavie. "Le nombre de constructions en bois augmente de 15 % chaque année, constate Hervé Boivin, d’Abibois, l’association interprofessionnelle du bois en Bretagne. C’est un matériau recyclable, renouvelable (à condition d’être issu de forêts gérées), qui emmagasine du CO2 pendant sa croissance et le garde prisonnier lorsque l’arbre est coupé. En outre, il est quinze fois plus isolant que le béton."

Des qualités qui expliquent son retour en grâce, notamment pour construire l’ossature de bâtiments que l’on peut ensuite "remplir" avec d’autres matériaux écologiques, comme des briques de chanvre ou des bottes de paille par exemple.

Le chanvre

Plante écologique par excellence, il pousse facilement, même dans une terre pauvre, demande peu d’engrais, peu d’eau et pas de pesticides. Mélangées à de la chaux, ses fibres constituent un béton que l’on dépose entre des planches de coffrage, les banches. Une fois ce béton de chanvre bien sec, on les retire et on protège le mur à l’intérieur et à l’extérieur à l’aide d’un enduit (environ 500 €/m2). La mise en œuvre de ce matériau exige de suivre certaines règles. Pour les néophytes, des fabricants proposent des briques de chanvre préfabriquées qui peuvent être utilisées sans qualification particulière (environ 30 €/m2).

La paille

L’idée de construire une maison en paille vous rappelle un peu trop l’histoire des trois petits cochons ? Rassurez-vous, en France, la plus ancienne construction de paille, bâtie à Montargis en 1921, est toujours debout et en parfait état ! Le principe : on édifie une ossature de bois que l’on remplit ensuite de bottes de paille avant de les enduire de chaux pour protéger les murs du feu (environ 1 à 2 € la botte).

L’épaisseur du matériau lui confère une excellente capacité d’isolation comparable à celle d’un mur de parpaings doublé de 24 cm de laine de roche. La construction en paille rencontre beaucoup de succès chez les autoconstructeurs mais, peu de professionnels la maîtrisent (de 60 à 2 000 €/m2). En outre, la paille étant considérée en France comme un isolant, le constructeur ne peut donc pas faire bénéficier son client de la garantie décennale habituelle.

La terre crue

Comme la paille, la terre crue est un matériau recyclable, renouvelable, non polluant et disponible localement. On peut la monter entre deux banches ou utiliser des briques faites d’un mélange de terre et de chaux passé dans une presse et mis à sécher plusieurs semaines (environ 60 €/m2). Dans les deux cas, il faut protéger la maison des intempéries avec des "bottes" et un "chapeau", c’est-à-dire un soubassement de pierre ou de briques et des avancées de toit.

Les briques monomur

Pour ceux qui préfèrent un matériau plus classique, les briques monomur présentent un bon compromis. Ces briques de terre cuite très épaisses (de 30 à 50 cm) sont parcourues d’alvéoles. L’air qu’elles contiennent et leur forte inertie thermique isolent bien le bâtiment. D’une grande résistance, elles permettent des constructions de plusieurs étages et les maçons professionnels s’y adaptent facilement (environ 50 €/m2 pour une épaisseur de 30 cm). Très appréciées, ces briques ne sont malheureusement pas le matériau le plus écologique qui soit : leur cuisson (plusieurs heures à 1 000 °C dans des fours à gaz) demande beaucoup d’énergie grise !

Des matériaux d’isolation très performants

Certains matériaux de construction écologiques, comme la paille et la brique monomur, servent également d’isolant. Mais si les murs de votre maison sont faits de parpaings ou de terre, il existe des isolants aux performances identiques à celles des laines minérales sans leurs inconvénients sanitaires. Lequel choisir ?

"Cela dépend du climat, de l’altitude et de l’orientation de la maison, explique Alain Drouilleau, gérant de la Boutique de la nature, qui vend des matériaux écologiques depuis 1996 (www.eco-logis.com). Et de la mise en œuvre. Veut-on isoler par l’intérieur ou par l’extérieur ? Pour une isolation rigide qui serve aussi de paroi intérieure ou celle-ci est-elle prévue en plus ?"

Ouate de cellulose et liège

L’isolant écologique le plus utilisé en Europe est la ouate de cellulose, composée de vieux papiers ou de boues de papeterie. Elle possède le même pouvoir isolant que les laines minérales mais sa production nécessite infiniment moins d’énergie : 6 kWh contre 150 kWh (laine de roche) à 250 kWh (laine de verre), selon l’Ademe. On la trouve en vrac, à insuffler dans des caissons, ou en panneaux (de 17 à 19 €/m2 pour 10 cm d’épaisseur).

Son concurrent immédiat, le liège, réunit toutes les qualités : léger, imputrescible, hydrofuge, ininflammable, insensible aux champignons et aux insectes. Il offre des performances thermiques comparables à celles de la ouate de cellulose, mais son prix est plus élevé (30 €/m2 environ). « Ce sont les deux matériaux les plus performants pour l’isolation phonique », précise Alain Drouilleau.

Chanvre et lin

Le chanvre est aussi une solution efficace et facile à mettre en œuvre, car il se présente sous forme de panneaux souples ou de rouleaux de différentes épaisseurs, ce qui ne rend pas obligatoire l’intervention d’un professionnel (de 13 à 16 €/m2). Comme le chanvre, le lin se cultive facilement et ne nécessite pas d’intrants polluants. Les fibres sont transformées en panneaux isolants qui absorbent bien l’humidité, c’est pourquoi on les utilise depuis longtemps en Europe du Nord (de 15 à 17 €/m2).

Laine de mouton

Isolant inattendu, la laine de mouton se présente en rouleaux. "On la recommande pour les régions atlantiques, car elle peut accumuler l’humidité et la libérer sans s’abîmer, contrairement au chanvre qui moisit", explique Alain Drouilleau. Matériau renouvelable, recyclable et peu onéreux (de 13 à 15 €/m2), la laine de mouton présente deux inconvénients : elle est peu efficace contre la chaleur et attire les mites. Utilisée comme isolant, elle doit donc impérativement être traitée… avec un produit écologique naturellement !