Bac : que valent les sociétés de soutien scolaire ?

Page 2 / 3

Comment les professeurs sont-ils sélectionnés ?

Comment savoir si ces belles promesses impliquent un vrai savoir-faire ? En début d’année, un reportage de France 2 a jeté un froid en remettant en cause les qualités pédagogiques des enseignants de ces cours privés.

Le fait que ces "professeurs" soient en large majorité des étudiants diplômés du seul niveau bac + 3 n’est pas en soi un problème. Encore faudrait-il que leur sélection soit effectuée avec la plus grande rigueur. C’est là que le bât blesse.

Les recruteurs eux-mêmes, rarement issus du monde de l’éducation, seraient pour la plupart des commerciaux sans formation pédagogique ni connaissance réelle et sérieuse des programmes de l’Éducation nationale.

"La recruteuse de Complétude m’a avoué qu’elle n’avait aucune compétence en maths et m’a demandé de lui expliquer les nombres complexes, comme à un élève. J’aurais pu lui dire n’importe quoi", confirme Patrick Jaud, professeur de mathématiques devenu indépendant après avoir travaillé en 2008 avec plusieurs agences. Il peut donc être utile de vérifier le cursus de son enseignant avant de signer.

Les labels peuvent être trompeurs

Depuis 2008, les grands groupes de cours de soutien scolaire mettent en avant des certifications Qualicert ou ISO 9001 comme gages de qualité. Or, si ces labels garantissent la conformité des services et le respect des règles d’hygiène et de sécurité, ils se montrent incapables d’évaluer les qualités des enseignants.

Qualicert, qui admet n’avoir aucun spécialiste de l’enseignement parmi ses inspecteurs, se contente donc de vérifier que tous les dossiers de professeurs contiennent bien les diplômes requis.

Sur sa plaquette, Acadomia promet "des enseignants spécialistes de la classe de terminale, alliant compétences et qualités pédagogiques, spécialement formés pour ce programme". Il faut le croire sur parole.

Très peu de professeurs qualifiés, en exercice ou à la retraite, rejoignent ces sociétés. Comment les blâmer ? Pour un tarif de 25 à 43 euros de l’heure facturée, l’enseigne ne reverse qu’entre 14 et 17 euros à l’enseignant sous mandat. "À ce prix, il faut encore payer ses déplacements, ses congés payés, et même l’encre pour imprimer ses fiches de paie", explique Didier Kropp, professeur de maths indépendant et auteur d’un blog très complet sur le sujet, qui a, lui aussi, décidé de se mettre à son compte après des passages chez Acadomia, Keepschool et Anacours.

Dans le cadre des « packs bacheliers », le salaire des profs n’est pas plus élevé. Chez Acadomia, il ne dépasse pas 17 euros nets de l’heure. "Impossible de faire mieux, avoue Philippe Coléon, Acadomia réalise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 4 millions d’heures de cours par an, soit 25 euros par heure. Je n’ai donc quasiment pas de marge pour les augmenter, à moins de faire zéro bénéfice." C’est oublier les sommes énormes dépensées en publicité.

Votre pseudonyme apparaîtra en signature de votre réaction.
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.


Règles de conduite

  • Tous les propos contraires à la Loi sont proscrits.
  • La publicité commerciale n'est pas autorisée.
  • En réagissant à cet article, vous autorisez la publication en ligne de votre contribution.
  • Une orthographe et une mise en page soignées facilitent la lecture : évitez majuscules et abréviations, pensez aux accents.