Pour aller plus loin
Jeunes d'aujourd'hui : la génération pantoufles ?
- Actualisé le mardi 20 novembre 2007
Ils s'installent en couple et adoptent un mode de vie bourgeois de plus en plus tôt... au grand désespoir de leurs parents.
"Nous, nous provoquions nos parents par les excès, eux nous inquiètent par leur conformisme", affirme Richard, dont le fils de 23 ans partage, depuis plus de trois ans, une vie "bourgeoise" avec sa copine. Une tendance de plus en plus répandue.
Installés mais pas autonomes
Mais la précocité de ces jeunes adultes à vivre une vie de couple tranquille ne s'accompagne pas toujours d'une véritable autonomie. "À la fin de leurs études, ils mettent trois fois plus de temps que nous n'en mettions pour accéder à un emploi stable, sans compter que le prix des logements ne leur est pas vraiment favorable", observe Richard.
Et lorsque les enfants s'installent très tôt ensemble, c'est le plus souvent chez leurs parents. Une cohabitation, parfois plus simplement une dépendance financière, qui contribue à alimenter les conflits et les incompréhensions entre les générations.
Le couple rassure
Contrairement à leurs aînés qui pouvaient rêver de changer le monde sans crainte pour leur avenir, ils ont vécu leurs jeunes années bercés par les mots chômage, précarité et compétition. Ils ont parfois assisté à l'implosion et à la recomposition de leur famille.
De là à imaginer qu'un sentiment d'insécurité les incite à se mettre le plus vite possible à l'abri dans un cocon conjugal, le pas est vite franchi.
La norme s'est inversée
"Autrefois, on incitait les jeunes gens à choisir un compagnon pour la vie, constate le sociologue Robert Rochefort, directeur du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc). Aujourd'hui, le point de vue s'est inversé et les parents encouragent leurs enfants à faire des expériences amoureuses avant de s'engager, parce qu'ils anticipent les risques de rupture."
Lorsque Bastien a dû effectuer un stage de plusieurs mois à l'étranger, pour ses études, Marie-Laure a été témoin du désarroi de son fils : "Bastien et Fanny se sont connus à 18 ans, ils se sont installés à 19 ans et leur vie a été chamboulée par ce départ qui n'était pas prévu au programme !" Marie-Laure et son mari ont dû batailler pour convaincre le jeune couple de bousculer ses habitudes.
"Aujourd'hui, on considère qu'il n'est pas dans la norme de construire quelque chose avant 25 ans. La période d'incertitude, entre l'adolescence et l'âge adulte, a tendance à se prolonger", souligne Robert Rochefort.
Le regard critique des parents
Or, les choix de vie précoces ne sont pas plus discutables que les engagements plus tardifs. "Ces couples se calquent sur le modèle parental, parfois en miroir : on crée un ménage stable, à 17 ans, au contraire de celui des parents, avec beaucoup de sérieux et d'authenticité", analyse Philippe Gutton, psychanalyste.
"Quant à déplorer que les jeunes ne vivent pas leur vie intensément, c'est un point de vue de parents nostalgiques d'une jeunesse bien souvent idéalisée, poursuit Philippe Gutton. Quelquefois s'y exprime le regret de ne pas avoir assez profité de cette jeunesse ou encore la projection d'un ennui dans leur vie actuelle".
Voir ses enfants échapper à son influence est souvent difficile. D'où un regard critique autour de ces choix de vie.
Une place dans la tribu
En outre, la grande proximité de relations entre parents et enfants fait qu'ils accueillent volontiers le copain ou la copine et se rendent parfois complices d'un mode de vie qu'ils désapprouvent.
S'ils n'ont pas franchement encouragé l'installation de Chloé et de son copain, Alain et Véronique avouent qu'ils l'ont favorisée par leur attitude "libérale". "Florent avait 17 ans quand nous l'avons connu et, très vite, il a fait partie de la tribu. Nous avons fait une place au petit couple dans la maison. C'était sûrement trop tôt, ils n'ont rien vécu individuellement", regrette Véronique.
"Le monde a changé"
Enfin, le fait de "pantoufler" est sans doute le reflet d'un mode de vie répandu, à une époque où il est possible d'être en relation et "connecté" tout en restant chez soi "Le monde a changé, remarque Véronique, il est plus difficile de s'y faire une place. Les embûches et la précarité qui jalonnent leur jeunesse ne leur rendent pas la vie si facile !"
Des paroles qui trouvent un écho chez Robert Rochefort : "L'installation dans la vie de couple est la marque du vrai changement. On ne peut pas dire que la société facilite les choses pour ces très jeunes gens. Vouloir tracer leur chemin pour construire leur autonomie est tout à fait respectable."
