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Inceste : sortir du silence
- Actualisé le vendredi 14 mars 2008
Sommaire de l'article : page 4 / 10
Quelle procédure suivre pour porter plainte ?
La victime d'un crime ou d'un délit sexuel commis par une personne ayant autorité peut porter plainte jusqu'à l'âge de 38 ans (pendant vingt ans après sa majorité), quel que soit son âge au moment des faits.Elle peut déposer sa plainte en écrivant au parquet. Elle peut aussi demander à un psy, un médecin ou un proche à qui elle se confie de faire un signalement au parquet.
Une enquête préliminaire est diligentée par les gendarmes ou la police. En fonction de ces éléments, le Procureur de la République décide des suites à donner à la procédure. Le dossier sera renvoyé devant un tribunal correctionnel pour un délit (exhibition, harcèlement, agression), devant une cour d'assises pour un crime (pénétration).Une plainte avec constitution de partie civile (de la part d'une association contre l'enfance maltraitée, par exemple) permet de saisir directement le juge d'instruction.
En l'absence d'aveux ou de preuves matérielles, la justice se fonde sur son intime conviction. La parole du plaignant contre celle de l'agresseur désigné peut être source d'erreur. L'instruction pénale, qui dure deux ans, permet toutefois de rechercher des témoignages concernant la souffrance du plaignant ainsi que d'autres faits semblables dont l'agresseur désigné aurait pu se rendre coupable.
avec M. Pierre-Olivier Sur, avocat et auteur de "Nul n'est censé ignorer la loi", éditions Lattès, 2004.
Conduites autodestructrices
Les conséquences sont souvent plus dévastatrices quand la victime est jeune et les abus répétés, mais le crime ne se mesure pas à l'appréciation extérieure qu'on peut en avoir. Il se mesure à la souffrance de la victime.
Sentiment de trahison, de honte, impression d'être salie, culpabilité à l'idée de ne pas s'être opposée à l'agresseur, terreur, envie de disparaître... La victime se sent brisée de partout. Une partie d'elle reste figée à l'époque où le crime a eu lieu, comme morte. Le temps est gelé et son identité se dissocie.
D'un côté, elle refoule l'horreur pour que la vie se poursuive. De l'autre, elle est plus ou moins consciemment poussée à adopter des conduites autodestructrices ou bien à s'identifier à l'agresseur, au parent aimé, et à devenir agresseur à son tour.Des repères brouillés
Parler est difficile pour les victimes, car l'agresseur effectue un brouillage psychique et se présente, parfois, d'une manière ou d'une autre, comme représentant de la loi en exerçant son pouvoir. Elles ne comprennent pas bien ce qu'elles subissent quand on leur fait croire que c'est normal.
La victime doit comprendre qu'elle est victime
Les victimes se sentent coupables quand elles éprouvent une excitation physiologique. En outre, elles ont peur de faire voler leur famille en éclats en dénonçant l'agresseur, surtout si ce dernier leur a demandé de garder le silence.
La reconnaissance du statut de victime est pourtant le seul moyen de sortir du gel du temps, de mettre un terme aux conduites autodestructrices et d'empêcher la reproduction des agressions.
Quelle procédure suivre pour porter plainte ?
La victime d'un crime ou d'un délit sexuel commis par une personne ayant autorité peut porter plainte jusqu'à l'âge de 38 ans (pendant vingt ans après sa majorité), quel que soit son âge au moment des faits.Elle peut déposer sa plainte en écrivant au parquet. Elle peut aussi demander à un psy, un médecin ou un proche à qui elle se confie de faire un signalement au parquet.
Une enquête préliminaire est diligentée par les gendarmes ou la police. En fonction de ces éléments, le Procureur de la République décide des suites à donner à la procédure. Le dossier sera renvoyé devant un tribunal correctionnel pour un délit (exhibition, harcèlement, agression), devant une cour d'assises pour un crime (pénétration).Une plainte avec constitution de partie civile (de la part d'une association contre l'enfance maltraitée, par exemple) permet de saisir directement le juge d'instruction.
En l'absence d'aveux ou de preuves matérielles, la justice se fonde sur son intime conviction. La parole du plaignant contre celle de l'agresseur désigné peut être source d'erreur. L'instruction pénale, qui dure deux ans, permet toutefois de rechercher des témoignages concernant la souffrance du plaignant ainsi que d'autres faits semblables dont l'agresseur désigné aurait pu se rendre coupable.
avec M. Pierre-Olivier Sur, avocat et auteur de "Nul n'est censé ignorer la loi", éditions Lattès, 2004.
Témoignages
Près de quarante ans après les faits, Élisabeth peine encore à en parler : "Il n'y a rien de plus atroce que l'absence de recours quand on est enfant et qu'on vit une chose pareille. Quand j'évoque ça, je me sens mourir de nouveau." Elle avait conscience que son père faisait des choses qu'il n'avait absolument pas le droit de faire.
Odile n'en avait pas conscience. À 5 ans, elle a été victime d'agressions sexuelles de la part de son frère de 14 ans. Ce dernier agissait sans violence, il obtenait ce qu'il voulait par persuasion, et, quand il a cessé, elle a cru qu'il était fâché avec elle. "Plus tard, en découvrant l'amour avec un compagnon, j'ai compris que mon frère s'était servi de moi et je me suis sentie comme moins que rien", dit-elle.
Les violences sexuelles dans la fratrie ne sont pas rares. "Les parents ont une confiance aveugle dans les relations fraternelles, au point de mettre dans la même chambre un adolescent avec son petit frère ou sa petite sœur. Au moment de la puberté, les pulsions sexuelles sont intenses et elles peuvent chercher à se satisfaire n'importe comment", avertit Robert Neuburger, psychiatre et thérapeute de couple.
Les numéros à connaître
Allô enfance maltraitée
Tel : 119
École des parents et des éducateurs
Tel : 01 47 53 62 70
08VICTIMES
Tel : 08 842 846 37
SOS Inceste pour revivre
Tel : 04 76 47 90 93
