Soutenir des initiatives près de chez soi

Quand le propriétaire veut reprendre son logement
Le « crowfunding » constitue un tremplin pour les belles idées et les entrepreneurs connectés. - © AndreyPopov

Grâce au crowfunding territorial, il devient facile de concrétiser de grandes idées. Tour d’horizon de ce que l’on peut faire pour dynamiser l’économie et les relations sociales locales, même avec peu d’argent.

Connaissez-vous l’histoire de Thomas Huriez ? Jeune gérant d’une petite boutique de Romans, en Ardèche, concerné par la désindustrialisation de sa région, il décide de lancer en 2013 une série de jeans écologiques entièrement fabriqués en France. Il lance une campagne de financement participatif sur le site ulule.fr et enregistre plus de 2 400 précommandes qui lui permettent de monter sa petite entreprise. Deux ans plus tard, il atteint le million de chiffre d’affaires...

Le « crowdfunding », ou financement participatif, constitue un tremplin pour les belles idées et les entrepreneurs connectés. Il consiste à mettre en relation des porteurs de projet et des investisseurs, particuliers ou professionnels. Le principe ne date pas d’hier : la statue de la Liberté, inaugurée à New York en 1886, a vu le jour grâce à un financement participatif ! L’éclosion d’Internet a bien sûr donné un nouvel élan : après une entrée fracassante sur le marché américain, les plateformes de crowdfunding ont poussé comme des champignons en France, dès 2010.

Un moyen d’action avec des contreparties

Dans le sillage des pionnières généralistes KissKissBankBank et Ulule, des plateformes de deuxième génération, spécialisées, voient le jour, avec un ancrage territorial plus fort.

« Les gens veulent soutenir des projets près de chez eux, confirme Jérémy Fretin, responsable du développement de la plateforme Culture Time, le premier site participatif de mécénat pour la culture, le patrimoine et des projets d’intérêt général. C’est la raison pour laquelle nous avons intégré cette dimension territoriale, dès le départ, sur notre plateforme. Un système de géolocalisation des projets en ligne permet ainsi aux visiteurs de trouver les campagnes en cours proches de leur lieu de vie. »

La concrétisation du concept fait rêver : Culture Time a en effet permis à l’orchestre du Capitole de Toulouse de renouveler son stock de clarinettes, offrant en échange aux contributeurs la possibilité d’assister à une répétition générale des musiciens. Sur le site MiiMOSA, vous pouvez financer des bières artisanales, du maraîchage bio ou des gîtes à la ferme près de chez vous... puis en profiter. Les agriculteurs qui les créent sont en phase d’installation ou de diversification de leur activité. Chaque projet mobilise en moyenne 70 donateurs.

« 70 % de nos contributeurs vivent dans le territoire où le projet est mené, analyse Florian Breton, fondateur et président de la plateforme. Leur geste a beaucoup à voir avec la volonté de bien manger et d’identifier l’origine des produits qu’ils consomment. Ils apprécient également que leur contribution financière soit transparente, car ils savent à quoi elle est employée. Elle a du sens : ils se mobilisent pour accompagner le renouveaude notre agriculture familiale, à taille humaine et de proximité. »

Le financement participatif donne en effet au citoyen quelques pouvoirs : celui de créer de l’emploi localement, faire revivre son quartier avec de nouveaux commerces, aider un proche qui veut lancer son activité, encourager un projet malin même sans avoir de temps à y consacrer... Le tout en bénéficiant de contreparties agréables !

D’autres plateformes se sont engouffrées dans la brèche, comme Bulb in Town. Fondée en 2012, la plateforme a permis de financer quelque 350 projets, qui ont récolté plus
 de 4 millions d’euros. Un exemple ? La réhabilitation de la maison des Forestines, confiserie historique de Bourges, qui a brûlé dans un incendie et a pu repartir grâce à
194 contributeurs... Montant de la participation moyenne ? 50 euros. Dans la plupart des cas, le montant minimal est de 10 euros : finalement, bien peu d’argent lorsqu’il s’agit de coopérer au rayonnement de son territoire.

C’est en tout cas l’avis de Sophie, grande lectrice habitant la campagne limousine : « J’ai un métier prenant et pas un instant à moi. Mais lorsque je suis tombée sur le projet En roue livres, une librairie itinérante, j’ai pensé que c’était l’occasion de soutenir, à mon niveau, la culture et le désenclavement local. Je ne suis pas bien riche mais, pour 25 euros, j’ai eu mon nom inscrit sur le camion ! J’ai trouvé ça vraiment sympa, et je me réjouis d’avoir contribué à la concrétisation de cette initiative. »

À chaque motivation sa plateforme

Pour soutenir un projet susceptible d’améliorer la vie quotidienne près de chez vous, choisissez la plateforme en fonction de vos centres d’intérêt. Vous voulez promouvoir les initiatives participatives et solidaires ? Babeldoor vous ouvre les portes de projets socialement utiles. Vous souhaitez soutenir 
la préservation du patrimoine et de la culture ? Dartagnans vous propose de participer à de magnifiques projets. Encourager l’agriculture locale ? Ça se passe sur MiiMOSA. Vous croyez en l’associatif ? Rendez-vous sur HelloAsso...

La liste est infinie : MyAnnona s’est spécialisée dans l’entrepreneuriat féminin, MyMajorCompany s’est depuis longtemps démarquée dans les secteurs du spectacle et de la musique, Inidev se concentre sur les évolutions technologiques qui dessineront la ville de demain, etc.

Pour lancer la monnaie locale de Lyon en 2015, la gonette, Nicolas Briet a quant à lui choisi Arizuka : « Il s’agit d’ancrer l’argent dans un circuit économique local respectant une charte de valeurs, dans un contexte où 98 % des transactions monétaires permettent aux euros de quitter rapidement l’économie locale pour rejoindre les sphères financières spéculatives. » Et d’ajouter : « Arizuka est un site de crowdfunding tourné vers l’économie sociale et solidaire, et cela correspond aux valeurs que nous défendons. »

Des régions séduites et mobilisées

Les collectivités territoriales ne pensent que du bien du financement participatif ! Elles ont accueilli très favorablement le décret n° 2015-1670 qui leur permet de recourir plus facilement aux services de prestataires spécialisés sans avoir à passer systématiquement par des procédures de marchés publics lourdes et contraignantes. Elles peuvent ainsi impliquer les habitants dans la vie locale et mettre en lumière des initiatives exemplaires sur leur territoire.

La région Bretagne a saisi l’occasion sans tarder : en 2015, elle soutenait pas moins de 11 projets repérés sur les plateformes bretonnes GwenneG et Kengo.bzh, selon un principe simple : lorsqu’un projet parvient à réunir 70 % de son financement en ligne, une aide régionale se déclenche automatiquement, afin d’aider les entrepreneurs à boucler leur budget. Séduites, bon nombre de régions ont aujourd’hui lancé leur propre plateforme : Freelendease (Grand Est), Graines d’actions (Bourgogne-Franche-Comté), J’adopte un projet (Nouvelle Aquitaine), etc. En quelques clics et seulement quelques euros en poche, vous pouvez changer la vie d’un entrepreneur, animer celle de votre quartier, et faire du bien à votre moral !