À quel âge peut-on laisser un enfant seul ?

À quel âge peut-on laisser un enfant seul ?

A chaque âge, l’enfant franchit une étape dans l’acquisition de son autonomie. Mais il est souvent difficile pour les parents d’évaluer son niveau de maturité et de se résoudre à le laisser seul.

Que ce soit pour cinq minutes dans la petite enfance ou un week-end à l’adolescence, le doute des parents sur les capacités de leurs enfants à rester seuls est le même. "On commence par les laisser à la maison le temps de descendre à la boulangerie, quand ils ont 6 ans, et on n’en mène pas large", se souvient Nathalie.

Ces quelques minutes sont une mise à l’épreuve. Comme l’autonomie ne se conquiert pas en un jour, cette étape est l’aboutissement d’une somme de petits moments que l’enfant a déjà expérimentés.

Mettre en garde contre les dangers domestiques

"À 18 mois, raconte Benoît, Lucas s’habitue à rester seul dans sa chambre, mais il sait que je réapparais de temps en temps." Pour Nicole Prieur, psychothérapeute, cette présence intermittente installe une sécurité intérieure déterminante pour la suite.

De la même façon, il ne faut pas hésiter à répéter les mises en garde contre les dangers domestiques. "Je mets à l’abri ce qui est dangereux, explique Magali, mais je fais en sorte que Manon, 5 ans, intègre qu’il s’agit d’un interdit."

C’est vers 7 ans, le fameux âge de raison, qu’un enfant peut rester seul. Mais, quel que soit son comportement habituel, mieux vaut procéder par étapes. "Un enfant sage peut se sentir libre et vouloir explorer des choses", alerte Nicole Prieur, auteur de "Grandir avec ses enfants", éditions Marabout poche, 2008.

"Camille, 7 ans, est une petite fille exemplaire. Je l’ai laissée seule le temps d’accompagner son frère, et elle a entrepris de faire un gâteau avec farine, œufs et batteur électrique", s’étonne sa maman.

Élargir les périodes sans la présence de l'adulte

"On construit avec l’enfant le cadre dans lequel on le laisse, analyse Nicole Prieur. Lorsque le parent a quitté son enfant assis calmement en train de lire et le retrouve aussi tranquille à son retour, il peut élargir ces périodes sans la présence d’un adulte."

Après l’école, beaucoup d’enfants de 9 ou 10 ans se retrouvent seuls à la maison, pendant quelques heures, souvent fiers de cette "promotion".

Même si leur emploi du temps est balisé par le goûter et les devoirs, le petit coup de téléphone n’est pas inutile, de la même façon que la voisine sera un recours en cas de nécessité.

"Il ne s’agit pas de contrôler, précise Nicole Prieur, mais d’assurer une présence pour bien marquer que gagner son autonomie ne signifie pas être livré à soi-même."

Procéder par étapes selon l'âge de l'enfant

Les recommandations, comme "ne pas ouvrir à un inconnu", doivent être clairement énoncées. Inutile pourtant de sous-entendre un danger, sous peine de déclencher une panique au premier coup de sonnette. Malgré tout, le mode de vie est déterminant : on ne laisse pas un enfant seul dans une maison isolée aussi facilement que s’il vit dans un appartement en ville.

Tous les parents d’adolescents sont confrontés, un jour, au désir d’émancipation de leur enfant. "Pour la première fois, Jérémie, 15 ans, a refusé de partir en week-end avec nous, pour fêter l’anniversaire d’un copain", se plaint Catherine.

"Les adolescents réclament leur autonomie en même temps qu’ils en ont peur, souligne Nicole Prieur. Encore une fois, les étapes sont nécessaires : à 13-14 ans, on ne laisse pas un jeune seul plus d’une soirée et il est important de cadrer le temps de l’absence."

Ce qu’a fait Catherine : "J’ai dit d’accord pour l’anniversaire, mais le lendemain, ses grands-parents l’ont invité pour le déjeuner qui s’est prolongé jusqu’à notre retour."

Mettre des limites aux adolescents seuls à la maison

Quand ils sont plus âgés, on peut craindre les conséquences des soirées dans l’appartement, envahi par les copains, avec alcool et joints. Il arrive que le jeune soit lui-même dépassé par la situation.

"Les parents doivent apprendre à leur adolescent entre 16 et 18 ans à faire respecter ses choix par ses pairs", insiste Nicole Prieur. Ce qui suppose d’évoquer concrètement ces sujets avec nos adolescents avant de leur confier la maison.

Le bon sens incite à mettre en place progressivement ces moments - nombre maximal de copains, organisation avec un copain de confiance, extinction des feux passé 1 heure ou 2 heures du matin, parent qui raccompagne une telle, etc. - pour que ni le sentiment d’abandon ni un soudain excès de liberté ne viennent troubler leurs premières expériences.

"Seul ne veut pas dire livré à lui-même"

Claire, mère de Thomas, adolescent de 16 ans, témoigne.

"En laissant parfois Thomas, 16 ans, pour rejoindre mon compagnon, j’ai commencé par m’inquiéter et culpabiliser. Lui était d’accord, à condition de ne pas rester seul tout le week-end. Nous établissons ensemble son emploi du temps : sa grande cousine peut venir lui tenir compagnie ou il va dormir chez un copain et réciproquement. Je limite le nombre d’amis à la maison. Des voisins l’accompagnent en même temps que leur fils pour les activités sportives. Ils ont un œil sur lui. Je téléphone pour voir si tout se passe bien et je rentre tôt le dimanche pour passer la soirée avec lui et vérifier ses devoirs."