Quand un enfant est persécuté par ses camarades

Mon enfant voyage seul

Il ne fait pas bon être le souffre-douleur des petites pestes des cours d’école. Aux parents de donner à leurs enfants les moyens de se défendre.

Intimidation ou exclusion, ces brimades d’un autre registre que celui des agressions violentes sont néanmoins des épreuves au quotidien.

Un risque d'exclusion

En primaire, Lucile se souvient d’avoir été le souffre-douleur de ses camarades. Rêveuse, décalée, elle provoquait les sarcasmes des autres filles : "La force du groupe était telle que si l’une était surprise en train de me parler, elle risquait à son tour l’exclusion."

Depuis le leader de la cour de récréation auquel il faut faire allégeance jusqu’à ces bandes de filles qui font la pluie et le beau temps, la vie est dure pour ceux qui sont rejetés par le groupe.

Quand sa fille Juliette a commencé à s’enfermer dans sa chambre sans dire un mot, sa mère a enquêté : "Nouvelle dans sa classe de 4e, Juliette s’est retrouvée au milieu de pimbêches qui faisaient la loi. À la cantine, quand elle posait son plateau, les autres quittaient la table ou s’arrêtaient au milieu d’une phrase en lui adressant des sourires contraints. Des marques d’humiliation qui ont fini par la miner."

Phénomène de société, celles que l’on nomme "les pestes" commencent à faire parler d’elles. Ces préadolescentes fascinées par l’apparence distribuent bons et mauvais points. 

Face au harcèlement, quelle attitude pour les parents ?

Nicole Catheline, pédopsychiatre, conseille de s’en préoccuper : "Quand on suspecte un harcèlement, il ne faut pas hésiter à poser des questions précises à son enfant. “Comment cela se passe avec tes camarades à la récréation ? Est-ce que quelqu’un te fait du mal ?” C’est important de lui montrer que ses parents ne craignent pas une vraie réponse. Un enfant en situation de harcèlement a perdu toute estime de lui-même. Il s’en veut de ne pas savoir se débrouiller et craint encore plus de perdre l’estime de ses parents."

Se faire accepter coûte que coûte

Quand il lui a confié ses difficultés, Élise a réalisé que son fils était prêt à tout pour se faire accepter de ses camarades, "y compris à devenir mauvais élève". Ce dont Nicole Catheline ne s’étonne pas : "La différence est potentiellement source de problèmes à l’école : une différence toute relative, comme être un bon élève dans une classe de cancres, et inversement, ou encore être le seul élève noir ou le seul blanc de sa classe."

Vaincre son isolement

Un enfant victime de harcèlement doit tout mettre en œuvre pour sortir de son isolement. "Comme il s’agit d’un phénomène de groupe, il faut y répondre par une autre dynamique de groupe", souligne Nicole Catheline, qui conseille aux parents de tout faire pour favoriser les relations de leur enfant avec d’autres camarades.

Multiplier les occasions de goûters à la maison, de sorties communes, de manière à créer un lien privilégié avec d’autres, est la meilleure des protections. Une fois la connivence et la loyauté installées entre les enfants, il sera difficile au groupe de dissoudre ce lien.

Alerter les autres parents d'élèves

La tâche des parents consiste prioritairement à aider l’enfant en lui donnant les outils pour se défendre. Mais leur responsabilité d’adulte est aussi d’alerter l’école sur ce type de comportements, quitte à passer par les associations de parents d’élèves.

En faisant cette démarche, les parents réalisent aussi que leur enfant n’était pas le seul à subir les persécutions de ses camarades. "Ce sont des questions qui peuvent être abordées par les enseignants sur les temps de “vie de classe”", insiste Nicole Catheline, qui juge essentielles ces mesures de protection par rapport à l’ensemble des enfants d’une collectivité.