Passe ton bac d’abord !

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Quand un ado décide de ne pas passer son bac, c’est souvent contre l’avis de ses parents. Reste à savoir s’il s’agit d’une démission à l’approche de l’échéance ou d’un vrai projet d’orientation.

Parfois simple découragement passager, le décrochage scolaire et l’envie de tourner le dos au lycée rencontrent toujours le même écho chez les parents. Au désir de leur ado d’en finir avec les études, ils répondent par l’injonction "passe ton bac d’abord", sous-entendu : on en reparlera ensuite ! À lui seul ou presque, l’examen est le passeport pour les études supérieures.

C'est toujours plus simple avec le Bac

"C’est toujours plus facile de reprendre ses études avec le bac", constate Laurence, paniquée parce que sa fille Camille a lâché le lycée au cours de son année de terminale S. Elle a trouvé un temps partiel comme vendeuse. J’espère que la réalité de la vie professionnelle sans aucune qualification lui donnera l’envie de s’inscrire à nouveau au lycée."

Des démissions à l'approche du bac

Chaque année en France, plus de 120 000 jeunes quittent le système scolaire, au niveau de ­l’enseignement secondaire, sans diplôme. Les élèves démissionnent quelques mois avant le bac, au moment où les échéances se rapprochent. Ils n’attendent pas la sanction de l’échec par l’institution, qui est difficile à vivre pour soi et sa famille. Laurence concède qu’étant donné ses résultats, Camille avait peu de chances de décrocher le fameux sésame.

Démissionner, c’est aussi affirmer que l’on est dans une logique de choix, de reprise en main de son destin social et scolaire. "J’ai obligé Antoine à passer les épreuves du bac alors qu’il avait abandonné le lycée dans le courant du 2e trimestre. C’était une très mauvaise idée : malgré l’absence de travail et d’implication, il a été atteint par cet échec pourtant annoncé", regrette Marc. Après cette humiliation, Antoine a définitivement dit adieu à sa vie de lycéen.

Un moment de rupture scolaire

Certains élèves s’épuisent en voulant répondre au désir des parents. La plupart veulent les voir terminer la filière générale en décrochant le bac. Mais faire durer une telle situation n’a rien de positif pour l’élève. Au contraire, il peut se sentir profondément blessé par des échecs successifs. Chaque élève a une histoire singulière et il importe de comprendre à quoi correspond ce moment de rupture scolaire pour trouver la bonne réponse.

Élève sérieux, Jules a été à deux doigts de tout plaquer à la fin de la première. "Je l’ai senti ailleurs, démotivé. Pour lui, il n’était plus question de continuer, et, pour moi, c’était incompréhensible. J’ai insisté pour qu’il prenne rendez-vous avec la conseillère d’orientation de son lycée", se félicite Geneviève, sa mère. Au cours de ces échanges, Jules, dont les parents sont divorcés, a pu dire qu’il regrettait que son père ne s’intéresse pas suffisamment à lui et que cette pensée lui occupait l’esprit.

Des échecs à décrypter

Les parents ont comme priorité les études alors que leurs adolescents sont pris dans le registre de l’affectif. Si le jeune a un parcours scolaire acceptable, ce décrochage peut être considéré comme une parenthèse et l'examen doit être passé malgré tout. Dans ce cas, lui proposer un redoublement, après un travail de 'remotivation', a du sens.

Le plus difficile est de convaincre des parents qui se cramponnent à l’idée de réussite malgré une succession de résultats très médiocres. Ils ont l’illusion que leur enfant aura le bac en poursuivant cette filière, illusion entretenue par le passage accordé de justesse d’une classe à l’autre ou un redoublement qui se révèle alors inutile. L’important est de trouver la meilleure solution pour sortir l’élève de l’échec.

Faire entendre le désir du lycéen

À la crainte, manifestée par les parents, d’une orientation trop précoce, s’ajoute une mauvaise connaissance des différentes filières. Mais le plus difficile est de faire entendre le désir du lycéen quand il s’oppose au projet des parents.

"Alexandre était un élève médiocre, malheureux en classe. Mais pour nous, il n’existait pas d’autre voie que celle des études classiques. Lui manifestait un intérêt évident pour la nature et il voulait s’inscrire en BEP agricole." Alexandre a dû batailler pour les convaincre de le laisser poursuivre son rêve. Il a fait valoir qu’il n’abandonnait pas ses études en changeant d’orientation. "C’est ce qu’il avait de mieux à faire", conclut aujourd’hui Catherine, qui a vu son fils se révéler grâce à une confiance en lui restaurée.

Quand des parents, après avoir poussé leur enfant au maximum, acceptent sa décision, il est possible d’aménager avec lui un parcours sur mesure. Le BEP ou le bac pro peuvent ensuite mener à un BTS. Chemin emprunté par Alexandre, après un bac professionnel obtenu haut la main.

Le bac n’est pas une fin en soi !

Il est encore nécessaire de valoriser auprès des parents l'option d'accéder à un diplôme de l’enseignement supérieur via la filière professionnelle. Pour réussir ensuite, il faut que la décision de l'élève ait du sens, qu’il s’approprie véritablement son projet en sachant pourquoi il l’a choisi, indépendamment d’une quelconque soumission au désir des parents.

De leur côté, les parents ont intérêt à considérer que le bac n’est pas une fin en soi. Il vaut mieux que leur enfant ait de réelles perspectives et se sente valorisé dans ce qu’il fait. "J’ai arrêté le lycée envers et contre tous pour passer le concours d’auxiliaire de puériculture, confie Élisa. Aujourd’hui, j’ai un métier que j’adore, alors que certains de mes camarades qui ont passé le bac galèrent encore en fac sans projet." Des arguments qui plaident en faveur du dialogue, face à un adolescent qui manifeste le désir d’en finir avec le lycée.

L’avis d’Armen Tarpinian, Directeur de la "Revue de psychologie de la motivation"

La perte de motivation d’un lycéen est complexe et dépend de causes familiales ou sociales. La crainte de décevoir ses parents peut l’atteindre dans sa capacité à apprendre. Dans une école qui favorise la compétition en négligeant souvent les besoins essentiels tels que l’estime, la reconnaissance ou la confiance en soi, celui qui ne satisfait pas à la demande du système scolaire a un sentiment d’échec. Notre système scolaire inhibe plus qu’il ne stimule le désir d’apprendre.

L’anticipation de l’échec, la crainte d’être jugé fragilise la confiance de l’élève. Un jeune en difficulté ne cesse de se comparer, de se questionner sur l’utilité d’aller à l’école ou de passer son bac. Vu que les classements et les diplômes décident de la valeur de l’individu, le lycéen préférera renoncer aux études, rêvera d’une autre voie où il pourra prouver sa valeur et prendre sa revanche. Plutôt quitter le lycée que de risquer un échec au bac qui garde une forte charge symbolique.