Douleurs de croissance : est-ce grave ?

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Les parents sont inquiets : leur enfant a mal aux jambes, surtout la nuit. Pas de panique, ces douleurs de croissance disparaissent spontanément et presque sans traitement.

Des sanglots en pleine nuit. Un enfant qui crie, pleure, geint, parce que ses jambes lui font terriblement mal… Les douleurs de croissance, qui affectent nos bambins entre 2 et 6 ans, s’expriment souvent de manière brutale, laissant les parents décontenancés et inquiets. Pourtant, si impressionnantes qu’elles puissent paraître, elles n’ont rien de grave.

Des causes non identifiées chez l’enfant

Leur origine n’est pas identifiée. "Peut-être d’origine osseuse ou ostéo-tendineuse, peut-être d’origine musculaire quand elles s’apparentent à des crampes, on ne le sait pas vraiment, concède le Dr Pascal Pillet, pédiatre, spécialisé en rhumatologie à l’hôpital Pellegrin-enfant du CHU de Bordeaux. Tout au plus a-t-on observé que ces douleurs surviennent plus chez certains : les enfants hyperlaxes (très souples), les hyperactifs et ceux qui marchent souvent sur la pointe des pieds." De même, il existe des prédispositions dans certaines familles.

Des douleurs très reconnaissables

Si l’on identifie mal la cause réelle de ces symptômes, le diagnostic est relativement facile à poser, une fois que l’on a vérifié que l’enfant se porte bien, grandit et grossit normalement et n’a pas de fièvre ou de fatigue associée. "Il est rarement nécessaire de faire des investigations complémentaires. L’examen clinique et la discussion avec l’enfant et les parents suffisent à renseigner le médecin", précise-t-il.

Car ces douleurs sont très reconnaissables : elles surviennent par périodes, le soir ou durant la nuit, sont suffisamment intenses pour réveiller l’enfant, et concernent plutôt la "crête tibiale", c’est-à-dire la face avant des jambes. Les deux jambes sont concernées, soit simultanément, soit alternativement. La crise dure de quelques minutes à une heure, parfois un peu plus. Mais elle se résorbe d’elle-même pour réapparaître le lendemain ou quelques jours plus tard.

Apaiser les angoisses

Sur le plan médical, il n’y a pas grand-chose à faire. Car les douleurs de croissance disparaissent aussi mystérieusement qu’elles sont apparues. Certains médecins préconisent du calcium, de la vitamine D ou d’autres minéraux. On manque de preuves pour affirmer que ces apports améliorent les choses. Mais cela rassure parents et enfants. Et c’est sans doute là le principal. Lors de la crise, de petits moyens (bouillotte, massage doux) aident l’enfant à apaiser sinon sa douleur, du moins son angoisse.

Si ces épisodes se répètent trop souvent, on peut opter pour une attitude préventive, en donnant un antalgique doux, du type paracétamol, au coucher. "Même si les douleurs de croissance sont bénignes, le regard d’un médecin est important pour éviter de passer à côté d’une pathologie articulaire ou osseuse plus grave (tumeur, rhumatisme inflammatoire, arthrite septique, ostéonécrose…). Une consultation s’impose", affirme le Dr Pascal Pillet.

Des douleurs mécaniques chez l’ado

Tout autres sont les douleurs osseuses et articulaires dont se plaignent les enfants un peu plus grands et les adolescents, surtout les garçons. Elles sont abusivement étiquetées "douleurs de croissance". Il s’agit en réalité d’"apophysites", c’est-à-dire d’inflammations de la zone où un tendon s’insère dans un os. La sensation est plus diffuse, moins intense et moins spectaculaire que chez le tout-petit. Ces douleurs sont reconnaissables à deux critères.

  • Elles surviennent souvent chez un enfant ou un ado actif, après un effort physique intense ;
  • Elles sont très clairement situées au voisinage d’une articulation.

Il y a trois localisations plus fréquentes :

  • le genou chez les petits footballeurs, gymnastes ou tennismen atteints de la maladie d’Osgood-Schlatter. Celle-ci se caractérise par une douleur irradiant au niveau de la petite bosse juste en dessous du genou (elle est due à des microfissures du cartilage à l’endroit où s’insère le tendon rotulien) ;
  • le talon, siège de la maladie de Sever. Liée au surmenage du tendon d’Achille et de l’os dans lequel il s’insère, le calcanéum, elle est le plus souvent consécutive à la pratique excessive de sports tels que le saut ;
  • la hanche, mais c’est plus rare.

L’activité sportive en cause

"Lors du pic de puberté, la masse musculaire augmente, la puissance développée par certains muscles, en particulier le quadriceps, est donc singulièrement accrue. Or les os sur lesquels ces muscles sont fixés n’ont pas terminé leur croissance, ils sont encore immatures et cartilagineux. Si l’enfant a une activité physique assez importante, les muscles vont tirailler sur la zone d’insertion tendineuse, entraînant des douleurs de l’apophyse osseuse et une inflammation locale," précise le Dr Pillet.

Une seule solution, la diminution de l’activité sportive en cause, voire son arrêt. Le repos suffit dans l’immense majorité des cas à résoudre le problème. Attention toutefois à ne pas être trop restrictif et à bien négocier avec l’enfant la mise entre parenthèses de son hobby.

Quand les douleurs sont psychosomatiques

Certaines jeunes filles présentent des douleurs intenses à l’un ou l’autre de leurs membres. La souffrance est si vive que même un effleurement les fait hurler. D’autres se plaignent de douleurs diffuses sans autre signe clinique. Ces douleurs ont une dimension psychosomatique.

"Néanmoins, insiste le Dr Marie-France Heuzey, pédopsychiatre à l’hôpital Robert-Debré, à Paris, ces douleurs psychogènes sont de vraies douleurs. Il ne faut pas confondre avec de la simulation." Quand la douleur est sévère, une rééducation fonctionnelle par un kinésithérapeute associée à une prise en charge psychothérapeutique est préconisée. Pratiquement tous les adolescents en guérissent.