Autorité parentale : trouver la bonne mesure

Autorité parentale : trouver la bonne mesure

On a souvent du mal aujourd’hui à définir l’autorité parentale. Résultat, on se laisse déborder. Trois experts nous aident à nous y retrouver.

Depuis qu’on nous a asséné que l’enfant est une personne, les repères se sont brouillés. Trois experts - une psychanalyste, un psychologue et un psychiatre - corrigent le tir : l’enfant est bien une personne, mais une personne en devenir et qui a besoin de ses parents pour l’aider à grandir. Reconnaître sa toute-puissance ne lui profite en rien et ne lui permet pas d’être reconnu pour ce qu’il est.

Signifier sa place à l’enfant

Selon Claude Halmos, psychanalyste : L’autorité ne se résume pas à crier et punir. Quand un bébé pleure la nuit pour être avec sa mère, il revient au père d’aller lui dire : "Tu n’es pas malade, cette femme est ma femme et c’est moi qui dors avec elle."

Signifier sa place à l’enfant est une obligation éducative qui commence dès les premiers mois et qui se poursuit au fur et à mesure qu’il grandit. Quand il se met à marcher et qu’il pousse un enfant de son âge pour tester son pouvoir, il est indispensable d’intervenir : "Ce n’est pas possible, tu n’as jamais vu ton papa ou ta maman pousser quelqu’un, si tout le monde le faisait, ce serait perpétuellement la bagarre."

Les enfants croient que les parents font tout ce qu’ils veulent, il faut leur expliquer que les adultes sont soumis aux mêmes règles que celles qu’ils leur imposent. Quand ils réitèrent les actes interdits, on n’a pas à reprendre indéfiniment les explications : "Plus de square jusqu’à ce que tu acceptes de bien te conduire !" Il n’y a pas de petites transgressions, pousser un petit équivaut à frapper un adolescent de 15 ans.

Le respect de l’autre et de ses biens doit être inculqué très tôt, de même que les règles régissant la sexualité. Pas de jeux sexuels entre frères et sœurs, pas de nuit avec les parents ! L’absence de limites est angoissante pour un enfant, il a besoin que ses parents se montrent forts pour se sentir protégé.

L’autorité n’est pas négociable

Didier Pleux, psychologue clinicien explique : Quand c’est la guerre au quotidien à propos de tout, inutile de 'psychologiser' pour trouver des explications, le problème est ailleurs. Quand des tiers, enseignants, grands-parents, oncles ou tantes, alertent sur des dysfonctionnements, mieux vaut ne pas les contester, ils se trompent rarement.

À force de se concentrer sur l’épanouissement de l’enfant, nombre de parents favorisent trop sa familiarité et le placent à égalité. Un enfant n’est pas une grande personne. Beaucoup s’imaginent aussi qu’avec l’âge il s’autonomisera tout seul et qu’il ne sert à rien de l’éduquer. C’est une erreur.

Un enfant qui se roule par terre dès qu’on lui refuse quelque chose n’a pas besoin qu’on l’emmène voir un psy. Il faut revenir à des mesures de bon sens : faire ses devoirs, se brosser les dents, aller au lit de bonne heure, ça ne se discute pas.

L’autorité n’est pas négociable, sinon on est dans le parler et le parler n’est pas preuve d’autorité. S’il n’a pas l’habitude d’être cadré, il va commencer par se révolter, mais il y trouvera finalement son compte.

Toutefois, le rôle des parents ne se limite pas à cela. Ils doivent aussi instruire leurs enfants, leur transmettre des valeurs et des connaissances.

L’intolérance à la frustration disparaîtra dès lors qu’on les comblera en leur consacrant du temps pour leur apprendre à faire des gâteaux, à jardiner, etc. Le choix ne se fait pas entre la permissivité totale et l’autorité massacrante.

Sortir d’un climat de surveillance réciproque

Pour Daniel Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Poitiers, quelle que soit leur attitude, les parents ne sont jamais à l’abri d’un dérapage : les adolescents acceptent mal les limites qu’on leur donne, ils veulent les trouver par eux-mêmes.

Ils ont acquis des moyens intellectuels, affectifs et psychologiques importants dont ils se servent pour résister à ce qu’on leur impose. Leur opposition est inévitable, il convient toutefois de réagir quand les problèmes perdurent au-delà de trois à six mois.

Quand un décrochage s’installe, marqué par un fléchissement scolaire, des conflits incessants, des conduites à risque, il faut en parler. Plutôt que de culpabiliser, on a tout intérêt à solliciter l’avis de personnes extérieures en contact avec le jeune. On pourra s’adresser à un grand-parent, un ami, un moniteur de sport, pour exposer les tracas et demander conseil. Si, de l’avis général, les difficultés sont importantes, il faudra contacter un professionnel.

Quand on se sent démuni, il faut ouvrir le système relationnel familial, sinon les parents et l’adolescent risquent de rester enfermés dans un climat de surveillance réciproque qui n’apporte aucune solution. Les parents doivent dire à l’adolescent qu’ils se font du souci pour lui.

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