Séparation des concubins : comment s'organiser

Séparation des concubins : comment s'organiser

Appartement, enfants, prestation compensatoire…, la loi ne prévoit rien en cas de rupture du concubinage. C’est au couple qu’il appartient de s’organiser, voire d’anticiper cette situation.

Une séparation sans formalités

À union libre, rupture libre ! Le droit français ne reconnaît aucun droit particulier au concubin délaissé.

À la différence du mariage, rappelle Me Hélène Poivey-Leclercq, avocate spécialisée en droit de la famille, aucun devoir de fidélité, de secours, d’assistance, de contribution aux charges du ménage n’est imposé aux concubins. En conséquence, chacun est libre de quitter le domicile commun quand il le veut, sans aucune formalité, et sans rien devoir à celui qui reste.

En l’absence de règles propres, il revient donc aux concubins d’anticiper et d’organiser leur séparation sur les plans matériel, familial et patrimonial.

La rupture du concubinage ne constitue pas une faute. En conséquence, aucune indemnité n’est en principe attribuée au concubin délaissé. Si ce dernier parvient toutefois à prouver que les circonstances même de la séparation lui ont porté gravement préjudice, il pourra prétendre à l’attribution de dommages et intérêts.

Tel peut être le cas lorsque la rupture est assortie de brutalités, d’éléments vexatoires (l’annulation d’un futur mariage), ou lorsqu’elle survient alors que la personne a abandonné son travail et déménagé pour s’installer en concubinage.

Qui conserve le logement ?

La priorité, quand on se sépare, c’est de résoudre les problèmes pratiques et immédiats engendrés par la rupture. Pour les concubins locataires, plusieurs solutions sont possibles. Si leurs deux noms figurent sur le bail, ils peuvent, d’un commun accord, décider de le résilier.

Si, au contraire, l’un souhaite rester dans les lieux, l’autre donnera seul son congé au propriétaire. Méfiance tout de même : si le bail contient une clause de solidarité, celui qui part reste tenu du paiement des loyers et des charges vis-à-vis du propriétaire jusqu’à la fin du bail en cours.

Mais, en pratique, la véritable difficulté apparaît quand c’est le concubin titulaire du bail (et dont le seul nom y figure) qui décide de quitter le logement. La loi (article 14 de la loi Quilliot n° 89-462 du 6 juillet 1989) a tenu compte de cette situation et prévu qu’en cas d’abandon du domicile par le titulaire du bail, le contrat de location continue au profit du concubin qui reste seul dans le logement. Dans ces conditions, la personne abandonnée est autorisée à reprendre le bail à son nom.

Attention toutefois : ce transfert de bail ne peut avoir lieu qu’à la condition que le concubin délaissé prouve qu’il vivait depuis plus d’un an avec la personne titulaire du bail. À défaut, il devra quitter le logement.

Un partage des biens

"Concernant les biens qui meublent le domicile, chaque concubin est autorisé à récupérer ce qu’il a acheté et ce qu’on lui a offert", précise Me Poivey-Leclercq. En conséquence, chacun repart avec ce qui lui appartient.

Des difficultés peuvent surgir quand les deux concubins revendiquent la propriété d’un même bien. Une des solutions pour éviter de se retrouver dans cette situation serait de prévoir, à l’occasion de chaque achat, une convention précisant qui a acquis le bien.

Ou, plus simplement, de tenir un cahier sur lequel chacun des concubins préciserait quelle dépense il a effectuée, en prenant soin d’y joindre la facture de carte bancaire correspondante (ou la preuve du paiement par chèque), portant le nom de l’acheteur.

Dans l’hypothèse où les concubins ont ouvert un compte joint, "une présomption d’indivision pèse sur les choses qu’ils ont acquises avec l’argent du compte commun", ajoute Me Poivey-Leclercq, avocate. Cela signifie qu’au moment de la rupture ils devront se partager ces biens entre eux, d’une manière équitable. Dans ce cas de figure, pourquoi ne pas procéder par lots ? La table et les chaises pour l’un, le lit et les chevets pour l’autre…

Mode de garde : des enfants protégés

Lorsqu’ils sont parents, les concubins qui se séparent doivent penser à organiser un mode de garde pour leur enfant. "Qu’on se rassure, précise Me Poivey-Leclercq, le fait que les parents soient concubins plutôt que mariés ou pacsés n’a aucune incidence sur le devenir des enfants." En conséquence, et à condition d’avoir été reconnu par ses deux parents, l’enfant issu d’un couple de concubins sera traité comme un enfant né dans le mariage.

Concernant l’organisation de sa vie future, deux possibilités s’offrent à ses parents. S’ils s’entendent bien, ils peuvent établir une convention amiable (orale ou écrite) venant préciser le lieu de résidence et le mode de garde de l’enfant, le montant de la pension alimentaire, ainsi que tout autre renseignement concernant sa vie future.

Mais si la situation est plus conflictuelle, ils ont tout intérêt à saisir le juge aux affaires familiales afin qu’il homologue ou établisse lui-même cette convention.

De manière générale, il est toujours plus prudent de recourir à un magistrat. Ainsi, en cas de conflit ultérieur, les parents disposent d’un acte juridique auquel ils peuvent se référer.

Le devenir du patrimoine financier et immobilier

Reste encore à résoudre la délicate question du patrimoine financier et immobilier. D’un point de vue pécuniaire, le compte joint devra être fermé et liquidé à parts égales entre les concubins.

Si le couple est également propriétaire d’un bien immobilier, tel qu’une maison, les revenus de sa vente devront être partagés en deux, ou distribués au prorata des apports de chacun conformément à ce qui est mentionné sur l’acte d’achat. Lorsque ce bien constitue le logement familial, il arrive souvent que l’un des concubins souhaite le conserver.

Il dispose alors d’un droit de priorité pour racheter la part de l’autre. Mais l’indivision peut également être maintenue, à charge pour celui qui reste de verser une indemnité d’occupation à son ancien compagnon.

En revanche, "la rupture du concubinage n’entraîne pas la révocation des donations", explique Me Poivey-Leclercq. Celui qui part ne peut donc pas exiger la restitution des libéralités qu’il a accordées au concubin abandonné, qu’il s’agisse d’une somme d’argent ou d’un bien de plus ou moins grande valeur (une voiture, un appartement, un bijou) et inversement le concubin abandonné ne peut récupérer les dons effectués en faveur de l’autre concubin.

Anticiper la rupture

Devant cette situation, "les concubins qui ne veulent ni se marier, ni se pacser, ont intérêt à réfléchir sérieusement à leur avenir et à mettre en place un pacte de famille", conclut Me Poivey-Leclercq.

Cette convention, que l’on appelle aussi "contrat de concubinage", permet de prévoir la répartition des charges de la vie courante au sein du couple, les modalités d’acquisition d’un bien immobilier, mais encore, et dans l’éventualité d’une rupture, l’attribution d’une pension au bénéfice du concubin qui se sera occupé de l’entretien de la maison et des enfants. Dans ce cas, chaque concubin s’engage à respecter les droits et des devoirs prévus par la convention, notamment s’il décide un jour de reprendre sa liberté…

Quand le couple travaillait ensemble…

L’ex-concubin qui a participé à l’exploitation de l’entreprise commerciale ou à l’activité agricole de l’autre peut solliciter (éventuellement en justice) une indemnité sur le fondement de la théorie de la "société de fait". Dans cette hypothèse, il devra prouver cumulativement : son apport à la réalisation du projet, le fait que le couple était guidé par la volonté de s’associer, et l’accord de chacun pour partager les gains et les pertes liés à ce projet.

Si cette "communauté de travail" est établie, il a droit à la moitié des profits dégagés. De même, la personne abandonnée peut réclamer, sur le fondement de l’"enrichissement sans cause", une indemnité pour l’aide bénévole qu’elle a apportée à son partenaire pendant la durée du concubinage (par exemple, si elle a effectué des travaux de remise en état sur un immeuble appartenant à son concubin).