L’alternance, un vrai passeport pour l’emploi

L’alternance, un vrai passeport pour l’emploi
Dans l’entreprise, un maître d’apprentissage (ou un tuteur dans le cas d’un contrat pro) assure la formation pratique de l’alternant. - © bowdenimages

La loi travail autorise l’ouverture de l’apprentissage jusqu’à 30 ans dans sept régions. L’occasion de faire le point sur ces dispositifs destinés à favoriser l’insertion professionnelle des jeunes.

De véritables contrats de travail

Alterner cours théoriques en centre de formation et application pratique en entreprise, tel est le principe de ces contrats. Ils présentent l’avantage d’être rémunérés. « Le salaire a motivé en partie mon choix de l’apprentissage : il permet de conquérir son autonomie et de commencer à construire sa vie », témoigne Thibaud, 20 ans, en 2e année de BTS technico-commercial.

Dans leur immense majorité, les contrats en alternance sont conclus sous la forme d’un contrat à durée déterminée (CDD). Signés entre l’employeur et l’alternant, ils comportent toutes les spécificités liées à un contrat de travail classique :

  • période d’essai (45 jours pour le contrat d’apprentissage, de 15 jours à 1 mois pour le contrat de professionnalisation en fonction de sa durée) ;
  • durée du travail identique à celle des autres salariés, le temps de formation étant inclus dans le temps de travail ;
  • 5 semaines de congés payés (mais pas de vacances scolaires), etc.

Dans l’entreprise, un maître d’apprentissage (ou un tuteur dans le cas d’un contrat pro) assure la formation pratique de l’alternant. Le contrat peut être rompu à l’initiative de l’une ou l’autre des parties. À la fin du contrat, l’alternant a droit à des indemnités de chômage s’il a travaillé au moins 122 jours (ou 610 heures) durant les 28 derniers mois.

Apprentissage, professionnalisation : tous les secteurs sont concernés

L’apprentissage est possible dans le secteur privé comme dans le secteur public (services de l’État, hôpitaux, collectivités locales). Les contrats pro, eux, ne peuvent s’effectuer que dans les entreprises privées et dans certains établissements publics (RATP, SNCF...).

On retrouve les alternants majoritairement dans le tertiaire : commerce, hôtellerie-restauration, information-communication, transport, services aux entreprises, enseignement, santé et action sociale, coiffure-soins, etc. L’industrie et la construction accueillent plus d’apprentis (38 % des contrats signés en 2015) que de contrats pro (20 %). Il est plus facile de signer un contrat en alternance dans les secteurs qui ont du mal à embaucher : métiers de bouche, hôtellerie et restauration.

Apprentissage, professionnalisation : un diplôme ou une qualification à la clé

Ces contrats permettent d’acquérir une qualification professionnelle sanctionnée par un diplôme ou un titre reconnu par l’État. La partie théorique se déroule dans un centre de formation : CFA (centre de formation d’apprentis) ou tout autre établissement doté d’une section d’apprentissage, y compris à l’université. Les diplômes vont du CAP au master. En 2015, plus d’un tiers des nouveaux apprentis préparaient un diplôme supérieur à un niveau bac + 2.

Outre un diplôme ou un titre, les alternants en contrat pro peuvent aussi préparer un certificat de qualification professionnelle (CQP) ou une qualification reconnue par une branche professionnelle. Ces formations, plus courtes (300 heures en moyenne), conviennent surtout à ceux qui sont fâchés avec l’école.

« La dimension professionnelle prime ; on n’étudiera pas le français juste pour l’étudier, mais pour communiquer. Par exemple, rédiger un rapport d’incident », explique Vincent Métaireau, directeur du développement au pôle formation des industries technologiques des Pays de la Loire.

« Au-delà d’un diplôme, nous préparons surtout à un métier, ce qui nous oblige à travailler notre pédagogie, renchérit son collègue de Lorraine, Guillaume Bondant. Dix personnes en rang d’oignons dans une salle de classe à l’écoute d’un prof, c’est fini ! Les matières théoriques sont enseignées à partir de sujets concrets : ça fait passer la pilule des maths et de la physique. »

Autre atout de cette filière : en apprentissage comme en professionnalisation, la formation est gratuite. Aucun établissement ne peut vous demander de frais d’inscription.

Pour les jeunes... mais pas seulement


Auparavant, l’apprentissage était réservé aux jeunes de moins de 26 ans, sauf dérogations. Depuis le 1erjanvier 2017, la limite d’âge est repoussée à 30 ans, pour une expérimentation de trois ans, dans sept régions : Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Centre-Val de Loire, Grand Est, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire. En cas de succès, le dispositif sera généralisé. Public ciblé : les jeunes sortis sans qualification du système scolaire et les demandeurs d’emploi.

Quant au contrat de professionnalisation, il n’y a pas d’âge limite pour en conclure un. D’année en année, la part des plus de 26 ans progresse. Ils étaient 22,8 % en 2014, dont près de 3 % avaient plus de 45 ans. Les entreprises ont signé cette année-là près d’un tiers des contrats pro avec des demandeurs d’emploi.

Objectif de l’alternance : l’insertion professionnelle

Des études sérieuses le prouvent : l’alternance favorise l’insertion professionnelle. Ainsi, il est préférable de préparer le même diplôme en apprentissage plutôt que par la voie scolaire. Trois ans après l’obtention de leur diplôme, les ex-apprentis sont mieux lotis que les ex-élèves. Exemple : après un bac pro, 11 % des ex-apprentis n’ont pas d’emploi, contre 24 % des « ex-scolaires », selon le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq, Insertion des apprentis, un avantage à interroger, Bref n° 346, mai 2016).

Le niveau de diplôme compte cependant : les ex-apprentis ayant un CAP-BEP sont presque quatre fois plus nombreux au chômage que ceux qui ont décroché un master professionnel (niveau bac + 4 ou + 5).

Côté contrats pro, les débouchés sont également au rendez-vous : 72 % des anciens bénéficiaires occupent un emploi, six mois après la fin de leur contrat. Ce taux fléchit à 65,5 % pour ceux qui étaient demandeurs d’emploi avant la formation. Pour les diplômes ou qualifications, les taux d’insertion sont plus élevés (plus de 75 %) dans l’industrie, le bâtiment, le transport et la manutention, la comptabilité-gestion, la santé et le travail social que dans le commerce-vente, le secrétariat et l’accueil-hôtellerie-tourisme.

Alternance : comment trouver son entreprise ?

La recherche d’une entreprise pour un contrat en alternance est identique à celle d’un emploi classique. À la différence que votre centre de formation peut – et doit – vous aider. « Lors des préinscriptions pendant nos journées portes ouvertes, nous aidons les jeunes à formuler leur projet professionnel, à rédiger lettres et CV que nous validons avant leur envoi. Nous les préparons également pour l’entretien », indique Guillaume Bondant, directeur adjoint du pôle de formation des technologies de Lorraine.

Quelles entreprises contacter ? Les centres de formation proposent des listes d’entreprises avec lesquelles ils sont en contact. Vous trouverez également des offres sur alternance.emploi.gouv.fr.

N’hésitez pas à frapper à la porte des TPE : les entreprises de moins de 50 salariés restent les principaux employeurs d’apprentis. « Elles sont loin de faire le plein en candidatures », témoigne Hubert Hougnon, directeur de la Fédération départementale des Maisons familiales rurales (MFR 44). Il conseille également de viser des niches : « En mécanique, par exemple, les besoins sont énormes dans la maintenance de matériels de travaux publics et de manutention, beaucoup moins dans les concessions automobiles. »