Passer au télétravail à domicile

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Vous en avez assez des heures passées dans les transports ou dans les embouteillages ? Le télétravail peut être la solution. Mais gare à l’isolement.

Le télétravail séduit assez peu en France, en dépit d’accords signés dans une cinquantaine d’entreprises, comme Renault, Michelin, Canal+, Mondial Assistance, Danone, etc. Ainsi, Renault compte 1 168 télétravailleurs sur 24 000 cadres et ingénieurs potentiellement concernés, Mondial Assistance une cinquantaine, France Télécom 2 % des effectifs.

Selon les sources, entre 9 et 12 % des salariés français télétravaillent au moins huit heures par mois – hommes et femmes à parts égales –, contre un tiers en Finlande ou en Belgique. (Source : rapport du Centre d’analyse stratégique sur « Le développement du télétravail dans la société numérique de demain », 2009.)

Le télétravail dans le code du travail

Les managers de proximité, qui soupçonnent les salariés éloignés d’en faire le moins possible et préfèrent avoir leurs équipes sous la main, constituent les principaux freins.

Le télétravail “gris”, fruit d’un arrangement entre le salarié et son manager, est nettement supérieur au télétravail faisant l’objet d’un contrat, ce qui n’est pas sans poser de problèmes pour l’entreprise en cas d’accident du travail, complète Yves Lasfargue, directeur d’Obergo, cabinet spécialisé en ergostressie (mesure de la charge de travail ressentie) et coauteur d’une enquête sur les conditions de réussite du télétravail.

Le flou juridique a parfois été invoqué par les entreprises attentistes. La loi Warsmann du 22 mars 2012 y a mis fin, en introduisant discrètement cette pratique dans le code du travail. Elle indique notamment qu’il s’agit d’une activité effectuée par un salarié hors des locaux de l’entreprise, « de façon régulière et volontaire » et « dans le cadre d’un contrat de travail ou d’un avenant à celui-ci ».

Outre ses obligations de droit commun, l’employeur doit prendre en charge tous les coûts en découlant et fixer en concertation avec le salarié les plages horaires durant lesquelles celui-ci peut être contacté.

La loi ne fait qu’entériner les dispositions de l’Accord national inter-professionnel du 19 juillet 2005, en les étendant à tous les salariés du privé.

Plusieurs accords d’entreprises stipulent par ailleurs les conditions d’éligibilité (selon la nature du poste, l’ancienneté, le degré d’autonomie…).

Comment passer au télétravail

Concrètement, les travailleurs intéressés par le travail à domicile doivent s’adresser à leur hiérarchie, qui, si elle s’y oppose, doit motiver son refus.

C’est souvent dans un souci de s’afficher socialement responsable et d’aider les salariés à concilier vie privée et vie professionnelle que des employeurs facilitent cette pratique. Parfois, c’est aussi une manière de pallier les désagréments d’un déménagement, d’une réorganisation, voire de la fermeture d’un site, comme chez Hewlett-Packard où le télétravail est en partie subi.

Les atouts du télétravail

Loin du brouhaha de l’open space, plus concentrés, les télé-travailleurs sont souvent plus productifs. Mais les frontières entre espaces privé et professionnel peuvent se brouiller et les télétravailleurs être tentés d’en faire toujours plus. Le principal inconvénient étant de se couper des réseaux informels de l’entreprise et de ses collègues. « Pour éviter l’isolement, mieux vaut limiter le télé-travail à deux ou trois jours par semaine », recommande Cécilia Durieu, consultante chez Greenworking.

Gagner du temps auprès de sa famille

Magate N’doye, chargée d’assistance chez Mondial Assistance,  travaille chez elle quatre jours par semaine et le jeudi sur site :

Sachant que je passe  deux heures dans les transports, entre mon domicile à Colombes (Hauts-de-Seine) et les bureaux à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), cette organisation me fait gagner un temps précieux auprès de ma famille. Je peux emmener mes deux enfants à l’école, les récupérer le soir, ce qui réduit les frais de garde.

Se tester avant de se lancer

Avant de commencer à négocier avec votre employeur, voici 8 questions à vous poser pour tester vos motivations et votre aptitude au télétravail:

  1. Ai-je l’autonomie suffisante pour effectuer mon travail à domicile ?
  2. Suis-je assez organisé(e) et rigoureux/se ?
  3. Suis-je capable d’autodiscipline ?
  4. Suis-je en mesure de gérer mon emploi du temps pour éviter les excès de travail ?
  5. Arriverai-je à me motiver seul(e) ?
  6. Mon organisation personnelle et familiale me permet-elle de rester concentré(e) ?
  7. Ne suis-je pas en train de confondre le télétravail avec un temps partiel ou une alternative à la garde de mes enfants ?
  8. Quelles sont les conditions de réversibilité si le télétravail ne me convient pas ?

(Source : Le Télétravail pour mon entreprise  Guide de l’Observatoire de la parentalité en entreprise.)

Et si vous êtes tenté, deux sites constituent une mine d’informations et de bons conseils : www.zevillage.net, site du Réseau social de télétravail et de coworking (cliquer sur Docuthèque) ; http://yves.lasfargue.pagesperso-orange.fr, site de l’Observatoire du télétravail, des conditions de travail et de l’ergostressie.