La face sombre du télétravail

La face sombre du télétravail
Le développement du télétravail est facilité par les technologies de l’information et de la communication. - © gpointstudio

L’OIT et Eurofound dressent un bilan nuancé de sa mise en œuvre dans des entreprises de quinze pays, dont la France.

Il a le vent en poupe. Mais le télétravail peut avoir des conséquences négatives sur les salariés, comme le montrent l’Organisation internationale du travail (OIT) et Eurofound dans une enquête conjointe publiée mercredi 15 février. Les experts de ces agences rattachées respectivement aux Nations unies et à l’Union européenne ont étudié l’impact du « télétravail et du travail mobile fondé sur les TIC » pratiqués dans des entreprises de quinze pays, dont la France*.

Le développement du télétravail est en effet facilité par les technologies de l’information et de la communication (ordinateurs, smartphones, tablettes, etc.), massivement présentes. Car « le travail intellectuel est basé sur l’Internet et peut être réalisé pratiquement en tout lieu et à tout moment », constatent les experts dans la synthèse de leur étude (à télécharger ici).

Hausse de la durée de travail

Tendance à provoquer une hausse de la durée de travail, « chevauchement entre le travail salarié et la vie privée (interférence entre la vie professionnelle et familiale) » et « intensification du travail » : telles sont les conséquences néfastes relevées.

La synthèse fait état de certains « effets positifs ». Les salariés concernés indiquent « une réduction du temps de déplacement, une plus grande autonomie », synonymes de « flexibilité » dans l’« organisation », de « meilleur équilibre global entre la vie professionnelle et la vie privée » ainsi que de « productivité accrue ».

Les personnes travaillant à domicile « semblent signaler un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, tandis que les travailleurs ‘‘hautement mobiles’’ sont plus exposés au risque de conséquences négatives sur la santé et le bien-être », nuancent les experts.

L’« idéal semble être 2 à 3 jours de travail à domicile », a expliqué lors d’une conférence de presse à Genève Jon Messenger, co-auteur du rapport, cité par l’AFP.

Dans certains pays, le télétravail « accroît la participation au marché du travail de certains groupes, tels que les travailleurs âgés, les jeunes femmes ayant des enfants et les personnes handicapées », d’après la synthèse de l’étude.

Des avantages financiers pour les entreprises

Les entreprises tirent des avantages financiers du télétravail. Elles peuvent réduire leur « espace de bureaux » et profitent « de l’amélioration de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, qui peut entraîner une plus grande motivation, une rotation du personnel moindre et une productivité et une efficacité accrues », précise le document.

L’enquête est susceptible de nourrir les réflexions des représentants des partenaires sociaux. Le patronat a entamé en janvier des discussions avec les syndicats en application de la loi travail du 8 août 2016. 

L’article 57 de ce texte controversé prévoyait l’engagement d’une « concertation sur le développement du télétravail et du travail à distance » avant le 1er octobre dernier. Le dialogue doit s’appuyer « sur un large état des lieux » et déboucher sur l’élaboration d’« un guide des bonnes pratiques ». Celui-ci doit servir de « document de référence lors de la négociation d’une convention ou d’un accord d’entreprise ».

Selon un sondage Ipsos paru en novembre 2016, 24 % des salariés français en activité dans un bureau pratiquent le télétravail à titre régulier ou ponctuel (sur un échantillon de 849 personnes).

* Outre la France, il s’agit de l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la Finlande, la Hongrie, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, l’Argentine, le Brésil, Etats-Unis, l’Inde et le Japon.