Le bon profil pour travailler dans l’humanitaire

Le bon profil pour travailler dans l’humanitaire

De plus en plus de jeunes souhaitent s’engager dans cette filière. Mais la simple bonne volonté ne suffit plus, seules certaines compétences intéressent les associations.

"À 16 ans, j’ai accompagné mon père au Burkina Faso. Il rendait visite au garçon qu’il parrainait et dont il finançait les études. Un voyage déterminant qui m’a convaincu de travailler au sein d’ONG en charge du développement en Afrique", se souvient Augustin, 22 ans, qui vient d’être embauché par Emmaüs International après un master coopération internationale et développement à Sciences politiques à Paris.

Beaucoup de jeunes, qui souhaitent donner un sens à leur vie en aidant les autres ou qui désirent voyager et aller à la rencontre de cultures différentes, veulent travailler dans l’humanitaire au sein d’associations ou d’organisations non gouvernementales (ONG). Mais depuis une dizaine d’années le milieu s’est considérablement professionnalisé.

Des métiers et des compétences

"Beaucoup nous disent simplement qu’ils veulent 'faire de l’humanitaire'. Or l’humanitaire n’est pas un métier", rappelle Amélie de Laforcade, chargée du recrutement chez Médecins du Monde. Cette association, qui reçoit près de 10 000 candidatures par an, organise 430 départs d’expatriés par an et compte 219 salariés en France. "Ce qui différencie deux postulants, ce sont non seulement les motivations et la personnalité, mais aussi le métier et les compétences", ajoute-t-elle.

"Je cherchais un métier utile et qui me permette de voyager. Je me suis donc orientée vers une formation d’infirmière puéricultrice. À la fin de mes études, après six mois de travail en intérim, je suis partie pour une mission de quatorze mois comme responsable d’un centre de santé en Casamance", raconte Hélène. Avec sa double formation médicale, son passé de scoutisme, ses stages en Afrique, cette jeune femme présente le profil idéal pour rejoindre une ONG.

Des professions plus recherchées que d’autres

Certains métiers sont particulièrement appréciés : les professions médicales (médecins, infirmiers, puéricultrices, sages-femmes, voire kinésithérapeutes ou dentistes) arrivent en tête. Les candidatures des postulants présentant une formation complémentaire en nutrition, en santé publique, en médecine tropicale ou en épidémiologie seront examinées avec davantage d’attention.

Les ONG recrutent aussi des professionnels de l’agriculture (hydrauliciens, agronomes, vétérinaires), du BTP, de l’enseignement, ou encore des diplômés en gestion ou en comptabilité. Et il faut évidemment maîtriser une langue étrangère (anglais ou espagnol).

Privilégier l’expérience de terrain

"Pendant mon master à Sciences politiques, explique Augustin, j’ai suivi des cours sur l’économie du développement, la politique sociale et culturelle des pays du Sud, ainsi que des modules sur la gestion de projets. Cela m’a permis d’avoir une vision globale de l’action humanitaire." "Exact, renchérit Amélie de Laforcade. Mais même s’ils sont très bons, ces troisièmes cycles n’apportent pas d’expérience concrète."

Néanmoins, une formation est actuellement fort prisée, celle dispensée par l’Institut Bioforce (voir encadré) : "Cet institut apprend réellement un métier, celui de logisticien ou d’administrateur par exemple", confirme Amélie de Laforcade. Mais une bonne formation ne suffit pas. "Chez Médecins du Monde, comme dans toutes les grandes ONG, nous ne recrutons jamais quelqu’un qui n’a pas déjà deux ans d’expérience professionnelle, quelle qu’elle soit", précise-t-elle.

Tout d’abord parce que les volontaires, à peine arrivés sur le terrain, ont immédiatement beaucoup de responsabilités et doivent sur-le-champ recruter et encadrer des équipes, parfois dans des atmosphères stressantes. Ensuite, les ONG se soucient de la réinsertion professionnelle de leurs expatriés, qui, sans emploi préalable, risquent d’avoir des difficultés pour trouver un poste à leur retour.

Toutefois, il est toujours possible d’effectuer au sein de certaines d’entre elles des stages de longue durée qui ont valeur d’expérience. Il est également possible de partir sur le terrain avec de petites associations moins exigeantes quant au recrutement. Il faut alors être très vigilant sur la sécurité de la mission. Enfin, les jeunes qui partent doivent garder à l’esprit que cette expérience, toujours enrichissante, est la plupart du temps très éprouvante, moralement et physiquement.

Quel contrat pour quelle rémunération ?

On ne fait pas fortune en travaillant dans l’humanitaire. Les rémunérations sont maigres et les postes de salariés plutôt réservés aux employés qui restent au siège des ONG. Pour les missions à l’étranger, qui supposent un engagement total pour une longue durée (souvent plus d’un an), les expatriés signent un contrat de volontaire.

Ce statut légal permet de bénéficier d’une couverture sociale, de cotiser à une retraite, mais pas au chômage. Les ONG prennent en charge les billets d’avion, le logement, un défraiement pour la nourriture et les déplacements - d’un montant variable selon les pays, entre 300 et 600 € - et versent sur un compte en France une indemnité mensuelle de 800 e en moyenne.

Contacts sur le web

www.coordinationsud.org : collectif d’ONG

www.ritimo.org : réseau des centres de documentation et d’information pour le développement et la solidarité internationale

www.cidj.com : fiches pratiques du Centre information et documentation jeunesse

www.diplomatie.gouv.fr : site du ministère des Affaires étrangères

www.medecinsdumonde.org

www.bioforce.asso.fr

L’Institut Bioforce Développement, à Vénissieux (Rhône), propose aux bacheliers une formation en trois ans de "chargé des services généraux, option logistique humanitaire. Sans condition de diplôme mais disposant d’une expérience professionnelle de six mois, les jeunes âgés de plus de 22 ans peuvent suivre des formations de 4 à 9 mois (technicien, administrateur…) prises en charge par l’État.

Tél. : 04 72 89 31 41.