Erasmus : le gouvernement veut encourager l’échange des apprentis

Erasmus : le gouvernement veut encourager l’échange des apprentis
Le gouvernement veut doubler le nombre d’apprentis en Erasmus d’ici à 2022. - © Goodluz

En 2017, seuls 6 800 apprentis français ont effectué un séjour dans un pays européen dans le cadre du programme Erasmus, contre 45 000 étudiants. Un rapport remis au ministère du Travail propose plusieurs solutions pour favoriser leur mobilité.

Passer de 6 800 jeunes apprentis en mobilité européenne à 15 000 d’ici à 2022. C’est l’objectif que s’est fixée la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Elle a mandaté, le 20 juillet dernier, le député européen Jean Arthuis afin qu’il propose des pistes pour y parvenir. Après six mois d’enquête, il a remis un rapport vendredi 19 janvier dans lequel il formule 16 propositions. La ministre du Travail entend en reprendre une très grande partie.

Depuis 1995, ceux qui préparent un BEP, CAP ou un Bac pro peuvent bénéficier d’une bourse de mobilité européenne. Le programme Erasmus + leur permet d’effectuer un stage de deux semaines à un an en entreprise, avec ou sans cours dans un centre de formation, dans un pays européen. En tout, 160 000 jeunes Français en apprentissage ou en contrat professionnel en ont bénéficié, dont 6 800 l’an passé. En comparaison, depuis la création du programme Erasmus en 1987, 600 000 étudiants en ont profité, dont 44 000 en 2017.

De plus, en raison des réticences des employeurs, les séjours effectués sont très souvent de courte durée, en moyenne deux ou trois semaines, ce qui ne permet pas de profiter des avantages attendus d’Erasmus : apprentissage d’une langue étrangère, ouverture à la citoyenneté européenne et gain de confiance en soi. Pour permettre aux apprentis de partir plus longtemps, le rapport préconise de faire évoluer le Code du travail de manière à ce que certaines clauses du contrat de travail – celles sur la rémunération et la responsabilité de l’employeur – puissent être suspendues le temps du séjour à l’étranger. Pendant cette période, ils n’auraient plus à verser un salaire à l’apprenti ni à le couvrir socialement contre les risques (maladie, accident…).

Garantir l’autonomie financière

Par ailleurs, sachant qu’une bourse Erasmus ne compense pas en totalité la perte de revenu par rapport à un salaire, et que dans certains pays, les entreprises d’accueil ne rémunèrent pas leurs apprentis, Jean Arthuis propose le versement d’un complément, financé par les OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés) et distribué par les CFA (Centres de formation d’apprentis) d’origine des apprentis.

Autres préconisations : le renforcement de l’apprentissage des langues étrangères dans les CFA et la reconnaissance des acquis obtenus pendant la période de mobilité pour l’obtention du diplôme. Cela implique une harmonisation des diplômes de la formation professionnelle en Europe, qui n’existe pas aujourd’hui. Ainsi, un CAP de mécanique à l’étranger n’est pas reconnu en France. Le rapport propose donc de donner plus d'autonomie aux CFA dans l'évaluation des apprentissages acquis à l'étranger et la délivrance des diplômes.

Tripler le budget Erasmus

Mais les mesures au niveau national ne suffiront pas à développer Erasmus Pro, selon Jean Arthuis. Il estime qu’ « il faut tripler les crédits Erasmus dans les prochains budgets de l’Union européenne. Aujourd’hui, une demande sur deux est écartée faute de crédits ». Pour 2018, le budget atteindra 2,3 milliards d’euros. Il propose également la promotion de jumelage entre CFA ou encore la création d’une mission « apprentissage-formation professionnelle » au sein de la Commission européenne.

Concernant l’accueil d’apprentis étrangers dans l’Hexagone, le document préconise entre autres de lever deux freins : l’obligation de préparer un diplôme français et de signer un contrat d’au moins un an avec au minimum quatre cent heures de CFA.