Bien revendre sa voiture

Le fait d’indiquer que vous disposez du dossier regroupant carnet d’entretien, factures de révision et anciens rapports de contrôle technique constitue un bon argument de vente. - © danabeth555

Pour que l’opération soit rentable, adressez-vous aux particuliers plutôt qu’aux professionnels en utilisant les facilités d’Internet. Conduite à suivre.

Choisir le site de vente

Avec sa gratuité et sa simplicité, Leboncoin.fr est devenu incontournable. « Sur nos vingt-six millions de petites annonces, près de neuf cent mille concernent des voitures, dont un peu plus de la moitié émanent de particuliers, se réjouit Antoine Jouteau, directeur général du site. À l’année, six millions d’annonces transitent chez nous, soit un million de plus que le nombre de transactions de voitures d’occasion. » Le principal concurrent, Lacentrale.fr, en propose presque trois fois moins et leur challenger, Ouestfrance-auto.com, cinq fois moins.
 Les professionnels sont majoritaires sur 
les deux derniers, considérés comme plus sécurisés et mieux fréquentés. Mais les vendeurs particuliers peuvent également profiter du paiement sécurisé (service payant) ou du serveur téléphonique, qui évite d’afficher son numéro de téléphone, proposés par La Centrale. L’annonce y est gratuite jusqu’à un prix de vente de 10 000 euros. Au-delà, elle est facturée 29,90 euros.

« Pour certains modèles peu courants, de la Citroën Pluriel au vieux break Volvo en passant par un 4×4 ancien, il peut être intéressant de poster une annonce sur un site, un forum ou un groupe Facebook de passionnés de la marque. On valorisera mieux la rareté du véhicule », conseille Nicolas Briouze, journaliste automobile. Mais il faut au préalable s’inscrire, se présenter et faire un peu connaissance avant de poster son annonce...

Fixer le bon prix

La cote de l’Argus, fournie pour 6,99 euros, peut être vue comme un prix plancher dans les ventes entre particuliers. Gratuites, les cotes de La Centrale, d’Auto Plus ou de Turbo donnent des montants plus élevés, parfois optimistes. Mieux vaut faire la moyenne des prix pratiqués par les particuliers dans les régions voisines, pour un modèle en tous points identique (finition, âge, motorisation, kilométrage, équipement, etc.), en excluant les annonces datant de plus d’un mois, synonymes d’un tarif surévalué. Pour vendre vite, diminuez ce prix moyen de 5 à 10 % (la marge de négociation que s’accordent les autres vendeurs).

« Certains particuliers s’alignent sur les tarifs de revente des professionnels. Mais nous vendons des véhicules entièrement révisés et garantis six ou douze mois », commente Gérard, vendeur chez un marchand d’occasion à Lorient. Il est préférable d’afficher un prix plus bas que d’écrire « prix négociable ». Inversement, la mention « prix ferme » tue la vente, sauf tarif ultracompétitif.
 Enfin, pensez aux tranches de prix du site : à 7 600 euros, votre annonce ne sera pas vue par ceux qui cherchent une affaire en dessous de 7 500 euros.

Préparer la voiture et ses papiers

Le fait d’indiquer que vous disposez du dossier regroupant carnet d’entretien, factures de révision et anciens rapports de contrôle technique constitue un bon argument de vente. L’ensemble de ces documents datés attestera du kilométrage réel de la voiture. Avant d’être photographié, le véhicule doit retrouver l’éclat du neuf : commencez par
 un lavage et un grand dépoussiérage de l’habitacle. Avec des lingettes nettoyantes pour tableau de bord, achetées en station-service, vous redonnerez un bel aspect aux plastiques intérieurs. Si les tapis de sol amovibles sont sales ou usés, optez pour un lavage à froid en machine ou jetez-les. Pour ôter tous les autocollants et leurs traces, munissez-vous d’un spray spécial vendu en pharmacie.


Enfin, mieux vaut corriger les petits défauts
 qui rebuteront l’éventuel acheteur : freins ou courroie qui grincent, joint décollé, vibration dans le hayon, etc. « J’ai raté la vente
 d’une voiture dont le pare-chocs arrière baillait sur un côté, raconte Julien, instituteur
 à Amiens. On me faisait des offres avec des rabais de 500 ou 1 000 euros, prétextant son remplacement. Un carrossier a reclipsé la pièce pour 60 euros. À la parution d’une nouvelle annonce accompagnée de photos, la voiture est partie dans la semaine au prix demandé. »

Prendre de bonnes photos

Il vous faut un appareil numérique ou un smartphone de bonne qualité. Leboncoin permet d’insérer gratuitement trois photos. Cela permet de montrer les quatre côtés 
du véhicule en deux clichés pris de trois quarts et, sur la troisième, le tableau de bord ou les sièges avant.
 Ne lésinez pas sur le nombre de photos pour les envoyer à un acheteur potentiel (gros plans des petits défauts, vue du moteur capot levé, du coffre, etc.). Pensez à régler la taille 
de l’image. « Nous acceptons des clichés
 de 20 Mo maximum, rappelle Antoine Jouteau. Mais, sachant que 65 % des consultations se font sur smartphone ou tablette, mieux vaut des images pas trop lourdes qui s’affichent rapidement. » Des photos de 1 Mo suffisent, quitte à en faire de plus lourdes à envoyer aux intéressés par la suite.

Bien rédiger son annonce

La Centrale et Ouestfrance-auto préremplissent automatiquement l’annonce à partir de l’immatriculation. Reste à saisir 
le kilométrage, à cocher la bonne version et les éventuelles options. Ces sites suggèrent même un prix de vente issu de leur cote.

On peut ajouter un petit texte décrivant le véhicule, son état, les éventuelles réfections. Sur Leboncoin, le vendeur est livré à lui-même. Le titre de l’annonce doit indiquer le modèle exact, par exemple Renault Mégane 1,5 dCi 
110 Energy Expression Éco 2. Après une description succincte, l’idéal est de faire trois petits paragraphes : équipements, interventions récentes et petits défauts, ces précisions témoignant de la transparence du vendeur. Inutile d’ajouter des mentions invérifiables telles que « aucun choc ». Mais on pourra préciser « non fumeur », « parquée en garage », ou « entretenue exclusivement dans le réseau ». Ensuite, mieux vaut afficher son numéro 
de téléphone. Indiquez éventuellement la plage horaire à laquelle vous serez joignable,
 sachant que vous perdrez des occasions de vente si vous êtes peu disponible.
 À savoir : le vendredi après-midi est le meilleur moment pour toucher les chercheurs du week-end. Comptez une à douze heures de délai avant publication de votre annonce.

Suivre la vente


Dès l’annonce publiée, il faut réagir vite. Sur Internet, l’acheteur est habitué à une réponse dans l’heure. Passé une demi-journée, il jette l’éponge. Si, après une semaine, vous n’avez aucune touche sérieuse, revoyez l’annonce : autres photos, détails supplémentaires, et surtout prix en baisse.

Le seul fait de la modifier (2,50 euros sur Leboncoin) la fait remonter en première page. Pour les rendez-vous, soyez disponible en soirée, et particulièrement le week-end qui suit la parution. Méfiez-vous des escroqueries. Même pour décliner une offre, ne répondez jamais à un texto vous demandant de poster votre réponse à un autre numéro de téléphone ou une adresse mail différente. Ce numéro est toujours surtaxé et le mail vous expose au piratage. Il peut aussi s’agir d’une proposition d’achat depuis l’étranger, de paiement par mandat cash, voire, pour d’obscures raisons fiscales ou douanières, de règlement du véhicule plus élevé que le prix affiché à condition que vous remboursiez d’abord une partie de la différence.

Sécuriser l’essai

Mieux vaut fixer le rendez-vous d’essai dans un lieu fréquenté plutôt que chez vous. Pour avoir un recours si l’acheteur potentiel se fait flasher au volant, demandez à photographier ses papiers d’identité et son permis. Pendant l’essai, montez en voiture et ne perdez jamais de vue la clé de contact. Des vols ont lieu ainsi : un petit choc, le propriétaire descend examiner les dégâts et le conducteur file avec l’automobile.

Éviter les arnaques au paiement

Faux billets et chèques en bois étant légion, exigez a minima un chèque de banque.
 Avant de l’accepter, « appelez l’établissement émetteur pour vérifier son authenticité en vous procurant vous-même le numéro de la banque, met en garde Françoise Hébert-Wimart, juriste à l’Institut national de la consommation (INC). Celui inscrit sur un faux chèque de banque débouche toujours sur un complice. »

Pour éviter les paiements frauduleux, les grands sites d’annonces ont développé des solutions sécurisées par Internet : PayCar ou Depopass. Ils fonctionnent sur le principe d’un compte séquestre alimenté par l’acheteur. Depuis son smartphone, il peut payer à qui il veut, y compris le soir et le week-end, le montant convenu à condition que le vendeur se soit préalablement inscrit sur le site. Celui-ci est informé par mail ou texto de la validité du paiement, et dans ce cas, paie 
29 euros de frais.  

« Un virement bancaire de compte à compte est une solution sûre qui ne demande ni inscription ni frais pour celui qui le reçoit, reprend Françoise Hébert-Wimart. Contrairement à une idée reçue, il n’y a
 aucun risque à communiquer un RIB, car il ne permet que de créditer, jamais de débiter.
 Le transfert prend généralement moins de vingt-quatre heures, il faut juste s’assurer auprès de sa banque que la somme a été bien été versée. PayPal est également un moyen fiable, à condition de ne pas faire uniquement confiance au mail annonçant le virement :
 il peut être faux. Il faut consulter son compte pour vérifier que le montant a été validé. »

Ce qu’il ne faut surtout pas cacher à l’acheteur

✔ Des réparations à effectuer. Si la facture de la dernière révision signale que les disques de frein sont à changer, il faut en avertir l’acheteur. Idem pour le remplacement imminent de la courroie de distribution ou de l’embrayage. En cas d’accident, vous pourriez être tenu responsable. « Tout vendeur de véhicule, y compris un particulier, a une obligation d’information, insiste Françoise Hébert-Wimart, de l’Institut national de la consommation (INC). En cachant un défaut important, on s’expose à un recours en garantie des vices cachés. On peut aussi être poursuivi au pénal pour annonce mensongère. »

Certes, il faut que ce défaut ne soit pas apparent, qu’il ait été caché intentionnellement, qu’il rende la voiture impropre à son usage ou entraîne de gros frais. L’idéal est de réparer avant de publier l’annonce. Sinon, mieux vaut faire état de ces défauts par écrit sur papier libre signé par l’acheteur et le conserver avec une copie de l’annonce.

✔ Un ou des accidents passés. Si le choc n’a porté que sur une aile, une porte ou un pare-chocs, il n’est pas obligatoire de le signaler. En revanche, s’il a fait l’objet d’une procédure VE (véhicule endommagé), appelée VGA (véhicule gravement accidenté) avant 2009, vous devez le mentionner avant la conclusion de la vente, toujours par écrit contresigné, quitte à rassurer l’acheteur en présentant le rapport final d’expertise et la facture détaillée de la réparation. Tout en sachant qu’une telle voiture se revend normalement 10 à 15 % moins cher.