Apprendre l’anglais chez soi

Vous avez intérêt à utiliser les heures cumulées sur votre compte personnel de formation (CPF) pour apprendre gratuitement une langue étrangère. - © nito100

C’est de plus en plus facile et parfois complètement gratuit. De la bonne vieille Assimil aux formes plus conviviales permises par les nouvelles technologies, revue des possibles.

Vous voulez trouver un nouveau job, décrocher une promotion, converser avec 
votre belle-famille anglophone, vous faire comprendre à l’étranger ou de touristes que vous accueillez, ou appréciez simplement
 la musicalité de la langue de Shakespeare. Pourvu que vous soyez salarié ou demandeur d’emploi, et dépourvu de toute phobie administrative ou scolaire, vous avez intérêt à utiliser les heures cumulées sur votre compte personnel de formation (CPF) pour apprendre gratuitement une langue étrangère.

Pour tous ceux qui souhaitent débuter, raviver ou muscler un apprentissage acquis à l’école, des formules différentes existent. « Il n’y en a pas une meilleure que l’autre. L’important, c’est la motivation. Sans elle, pas d’apprentissage, pas d’amélioration », martèle Brigitte Lallement, ancienne professeure d’anglais et inspectrice de l’Éducation nationale, auteure de nombreuses méthodes pour apprendre cette langue.

Le prof à domicile

Vous n’avez pas d’amis ou de connaissances anglophones ? Pour dénicher un professeur d’anglais, consultez les petites annonces chez les commerçants ou les centres régionaux d’œuvres universitaires et scolaires (Crous). Sur le site Kelprof.com, la mise en relation est facturée 9,99 euros, à la charge de l’élève. La plateforme collaborative Kokoroe.fr propose aussi les coordonnées de profs, d’étudiants ou de natifs du pays prêts à se déplacer chez vous. Cette fois, c’est l’enseignant qui paie la mise en relation. Les cours sont facturés entre 10 et 50 euros l’heure, selon le niveau du professeur et le vôtre.


Le + : la grande concurrence au niveau des prix et les 50 % de réduction ou de 
crédit d’impôt. L’économie peut aller jusqu’à 6 000 euros si vous dépensez 12 000 euros de cours par an, salaires et cotisations sociales comprises.


Le - : ceux qui proposent leurs services ne sont pas tous des pédagogues expérimentés. Un natif ou quelqu’un qui parle bien une langue ne sait pas obligatoirement l’enseigner.

Le prof privé virtuel


Si vous vivez loin de tout ou n’avez pas l’envie de recevoir un enseignant chez vous, testez les leçons particulières à distance. Le Centre national d’enseignement à distance (Cned) dispense des cours d’anglais par courriers et mails pour 99 euros les trois mois ou 229 euros à l’année. Pour converser, le coaching téléphonique revient à 49 euros les deux séances de 30 minutes ou 159 euros les dix. Vous commencerez par évaluer votre niveau pour avoir un cours adapté et pourrez faire reconnaître vos progrès à l’issue de l’apprentissage selon un référentiel européen. L’école de langues Adomlingua, qui organise des leçons particulières en présentiel sur toute l’Île-de-France, développe désormais ces mêmes cours en visioconférence via Skype.

« La formule offre les mêmes qualités qu’un cours particulier avec l’avantage de ne pouvoir durer que 30 minutes au lieu de 2 heures pour les cours traditionnels. On ne peut en effet pas demander à un professeur de se déplacer chez un élève pour seulement 30 minutes de cours. Ces cours sont plus faciles à caser dans un emploi du temps et la demi-heure correspond souvent à l’effort de concentration optimale d’un apprenant. On peut aussi échanger par écrit avec son professeur via la messagerie de Skype », explique Olivier Haquet, dirigeant fondateur d’Adomlingua.


Le + : la flexibilité.


Le - : la formule est souvent coûteuse.

Les cours collectifs en ligne

Sans grand risque puisque c’est gratuit, vous pouvez tester les moocs (en anglais, Massive Open Online Courses et en français, cours en ligne ouverts à tous), avec en prime un forum mettant en contact apprenants et enseignants. Les programmes sont élaborés par une équipe pédagogique, avec parfois l’assistance d’intervenants extérieurs, comme des auteurs de rap dans le mooc Pimp mon anglais. Ce module promet d’améliorer son niveau au travers de textes de chansons de rap américain en cinq semaines, à raison de deux heures hebdomadaires (inscription sur pimpmonanglais.com).

Quant à l’université de Lorraine, elle propose une formation à la conduite de réunion en anglais qui s’adresse aux personnes ayant un niveau intermédiaire. Elle se déroule sur cinq semaines et s’appuie, notamment, sur la vidéo.

Le + : vous ne déboursez rien et vous apprenez sans le regard parfois culpabilisant des autres élèves, voire du professeur. Vous revenez en effet autant de fois que vous le désirez sur des notions mal acquises. Ces cours sont interactifs grâce au forum.


Le - : l’enseignement est concentré sur une courte durée même si, de plus en plus, le contenu des moocs reste en ligne une fois l’enseignement terminé (mais sans le forum !).

L’apprentissage en solitaire sur un site ou une appli

Outre les nombreux livres, les méthodes interactives foisonnent pour apprendre l’anglais tout seul. Après le disque vinyle, la cassette, la bande magnétique, le CD, le fichier mp3, la collection Assimil – l’une des doyennes – s’enrichit d’une version électronique pour 49,90 euros par an.

Pour environ 5 à 10 euros par mois, le tarif étant dégressif selon la durée d’engagement, Babbel propose des exercices interactifs sur ordinateur ou sur smartphone, dans de nombreux domaines de la vie quotidienne (vacances, affaires...). « Nos experts ont développé des contenus adaptés à l’apprenant en fonction de sa langue d’origine. On peut aussi bien s’initier que se perfectionner grâce à des exercices d’une dizaine de minutes par jour. En y consacrant une quinzaine d’heures, on peut vraiment atteindre un bon niveau », soutient Katja Wilde, chef du département conception des cours.

Le créneau est fortement occupé : sites 
et applis de tous les genres existent, comme Mondlylanguages ou Gymglish, qui transmettent la langue à travers de petits exercices ludiques, des conversations et 
des leçons journalières, ou Learnbots pour réviser la conjugaison des principaux verbes réguliers et irréguliers. Souvent, seuls les premiers cours sont gratuits, après quoi vous devrez débourser quelques euros par mois. Learning English de BBC.co.uk, en revanche, est totalement gratuit. Le groupe audiovisuel britannique met en ligne de nombreuses vidéos permettant, notamment, d’aiguiser son oreille, de travailler sa prononciation
 et d’apprendre grâce à des séquences d’actualité.

Le + : grâce notamment aux applications mobiles, on peut réviser dans les transports en commun, en vacances... Le prix est abordable.

Le - : parce qu’on est seul face à son livre, son ordinateur ou son smartphone, on risque de se décourager et ne pas dépasser le cap des premières leçons.

Les conversations avec des natifs

Vous n’avez pas prévu de séjourner dans un pays anglophone prochainement ? Le site talktalkbnb.com vous propose d’héberger gratuitement un voyageur qui, en contrepartie, s’engage à passer du temps avec vous pour discuter en anglais (ou une autre langue). Après un an de fonctionnement, le site compte déjà 30 000 inscrits dans 127 pays.

Et pourquoi ne pas rejoindre des anglophones dans un café polyglotte ? Vous trouverez les adresses et dates sur cafe-polyglotte.com 
et polyglotclub.com. Dans de nombreuses villes de France, chaque semaine, en soirée, des personnes se réunissent pour parler anglais et bien d’autres langues. L’occasion aussi de se faire des amis. « Sur le forum ou "salon" de cafe-polyglotte.com, vous pouvez échanger, demander un point de grammaire ou de vocabulaire, une traduction... à un membre inscrit sur le site. Animé par Gérard Mélone, le salon d’anglais est très actif », souligne Muriel Bercez, fondatrice de l’association notamment très présente sur la région de Calais.

Le + : c’est gratuit et toutes les générations sont les bienvenues.


Le - : ce sont des méthodes adaptées plutôt à ceux qui ont envie de se perfectionner qu’aux débutants.

Quatre conseils pour s’y remettre

Brigitte LALLEMENT

Linguiste, auteur notamment de Les 800 expressions pour tout dire en anglais et Le super petit livre d’anglais aux Éditions First.

Même si vous pensez avoir tout oublié de ce que vous avez appris à l’école, il est toujours plus simple de se remettre à l’anglais que de débuter. La difficulté pour les francophones, ce n’est pas tant le vocabulaire que l’accent britannique ou américain. Dans tous les cas, voici plusieurs conseils à suivre :

1 ne pas se précipiter tout de suite sur des méthodes de grammaire ou des cahiers d’exercices, ce serait décourageant

2 lire des articles de magazines, de sites Internet sur des sujets que l’on aime (jardinage, nouvelles technologies, football, musique...), des polars, des romans de la littérature jeunesse plus simples... sans avoir l’exigence de tout comprendre

3 écouter de l’anglais via des vidéos sur Internet, des séries, des films sous-titrés, des actualités sur les chaînes de télévision anglophones au sens large : britanniques, américaines, australiennes, indiennes...

4 oser parler, se lancer dès que l’occasion se présente sans avoir peur d’être ridicule, de faire des fautes, de baragouiner et bien entendu, quitter son cocon pour aller dans le pays afin de tester ses connaissances.