Construire une maison économe en énergie

Construire une maison économe en énergie
La construction d’une maison passive coûterait 15 à 20 % de plus que celle d’une maison standard. - © dimdimich

Vivre bien dans un logement sans chauffage, calme et lumineux... un rêve qui prend forme avec la « maison passive ». Visite de quatre lieux innovants.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte, adoptée par la France en août 2015, vise une réduction de 50 % de la consommation énergétique finale, entre 2015 et 2050, et de 30 % de la consommation des énergies fossiles, dès 2030. Des aides sont prévues pour encourager la rénovation des bâtiments, dont la plupart sont de véritables passoires thermiques.

Rien de tel dans le neuf, où l’efficacité énergétique s’impose désormais. Mais construire de vrais logements « passifs », hyper économes en énergie, par exemple selon la norme Passivehaus allemande ou suisse Minergie, demande une réelle motivation écologique. Quant aux bâtiments à énergie positive (Bepos), c’est-à-dire qui produisent davantage d’énergie qu’ils n’en consomment, ce sont, pour l’instant, surtout des modèles de démonstration.

Une « maison passive », qu’est-ce que c’est ?

« C’est un bâtiment qui peut se passer totalement de chauffage sous certaines latitudes, grâce à différentes sources de chaleur (solaire, électroménager, etc.), explique Margaux Triplet de l’association La Maison passive. Un bâtiment passif consomme 80 à 90 % d’énergie de moins qu’une construction traditionnelle. » La première maison passive certifiée en France, construite à Bessancourt (95) par l’agence Karawitz, date de 2009. En Allemagne, où est née cette idée, il existe des quartiers entiers dits « passifs ». L’association La Maison passive estime le nombre de ce type de maisons à un millier (dont 100 certifiées) en France. Depuis 2013, le « passif » tend à se développer dans l’habitat collectif et les bureaux.

Quels sont les critères d’une maison passive ?

  • Un besoin de chauffage en dessous de 15 kWh/m2/an.
  • Une consommation totale en énergie qui doit se situer sous la barre des 120 kWh/m2/an.
  • Une très grande étanchéité à l’air, avec une perméabilité inférieure à 0,6.
  • Moins de 10 % d’heures de surchauffe (température supérieure à 25 °C) par an...

Une maison passive, comment ça marche ?

Voici les principaux éléments d’un bâtiment passif.

  • La ventilation double flux, qui introduit de l’air filtré à l’intérieur et évacue l’air vicié à l’extérieur, en préchauffant ou en prérafraîchissant l’air entrant, selon les besoins.
  • Le triple vitrage, avec une grande surface de fenêtres au sud qui permet de maximiser les apports solaires, et une surface réduite au nord qui limite les déperditions de chaleur. Sous des climats cléments, comme en Bretagne, le double vitrage peut suffire.
  • Une forte isolation des murs, du toit et du sol (25 à 45 cm d’épaisseur).
  • Une importante inertie du bâtiment, pour conserver la température.

Peut-on construire un bâtiment passif partout ?

Oui, le bâtiment passif peut s’adapter à tous les climats : on en trouve par exemple au Qatar (la maison Baytna où la fraîcheur est maintenue sous de très fortes chaleurs), au Congo (l’ambassade de Belgique), au Canada (la Saskatchwan Conservation House, équipée contre le grand froid hivernal et les surchauffes estivales)...

Est-ce plus cher ? Pour quelles économies ?

La construction d’une maison passive coûterait 15 à 20 % de plus que celle d’une maison standard (RT 2012). Mais Grégoire Magnien, architecte à Bourg-en-Bresse (01), spécialisé dans la construction environnementale depuis vingt ans, a pu réaliser des logements passifs pour un bailleur social à moins de 1 000 € le m2 H.T.

« À l’achat, une maison passive n’est pas beaucoup plus chère qu’une maison sur mesure de même qualité, car on évite le système de chauffage, assure Matthieu Colleaux, gérant de CPSB, entreprise bretonne qui fabrique des constructions passives. Mais, bien sûr, le prix est plus élevé que pour un pavillon clés en main. »

Certaines banques proposent des prêts bonifiés : plus le projet est écologiquement efficace, plus le taux de votre crédit baisse.

Quels avantages pour le confort et la santé ?

  • La qualité d’air, favorisée par la ventilation double flux qui renouvelle l’air en permanence, évitant ainsi l’humidité excessive et les moisissures.
  • La sensation de confort, avec le triple vitrage et la forte isolation des murs : la température ressentie reste la même partout.
  • La lumière naturelle, grâce aux très grandes baies vitrées.
  • L’isolation phonique.

Bientôt des maisons positives ?

Les bâtiments à énergie positive (Bepos) vont plus loin que les bâtiments passifs en produisant davantage d’énergie qu’ils n’en consomment, l’excédent étant vendu à des réseaux privés ou publics.

Attention, rappelle l’architecte Grégoire Magnien, « on peut avoir une maison avec une grande toiture photovoltaïque, mais équipée de convecteurs électriques. Ce n’est pas le but. Il est préférable d’adopter la démarche “négaWatt”: sobriété, efficacité, énergies renouvelables. »

Encore rares en France, les maisons à énergie positive sont souvent des maisons témoins. L’installation de panneaux pour produire de l’électricité est la dernière étape dans la construction, et beaucoup y renoncent en raison du prix et du manque de subvention.

« Le tarif de rachat de l’électricité a baissé et ne permet plus d’amortir l’installation », souligne Pierre Laude, directeur général d’Arteco, constructeur de maisons individuelles.

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