Que faire de votre PEA ?

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La baisse des marchés pèse sur la valeur des plans d’épargne en actions. Mais cette enveloppe conserve tout son sens dans la gestion de patrimoine à long terme.

Parmi les dictons boursiers, l’un mérite actuellement de figurer en tête de liste : "Tant qu’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu." Il s’applique à la valeur d’une action tout comme à celle de nos placements boursiers, à commencer par le plan d’épargne en actions (PEA). De combien s’est-il amaigri depuis un an ? De 15 %, 20 %, 40 % ? En réalité, sa baisse reste virtuelle.

Quel que soit le niveau des titres ou des fonds sur lesquels il a investi son épargne, tant que le titulaire du PEA ne procède pas à un rachat, la valorisation de son placement continue à fluctuer au gré de l’humeur des marchés financiers.

La performance des actions varie sur la durée

En la matière - autre proverbe, attribué à Benjamin Franklin -, "le temps, c’est de l’argent". Car - faut-il le rappeler ? - la performance des actions s’apprécie dans la durée : sur cinq, huit, voire dix ans. Inutile, en théorie, de garder les yeux rivés sur les performances quotidiennes du Cac 40.

Acheter au son du canon

Troisième adage : "Il faut acheter au son du canon et vendre au son du violon." Là encore, une formule parfaitement adaptée à l’époque ! En effet, il vaut souvent mieux acheter quand tout va mal, car il y a des chances pour que la situation s’améliore. De plus, on profitera probablement de cours dépréciés.

Ce n’est donc surtout pas le moment de vendre ni de clore son PEA. Mieux, si l’on ose dire, le temps est venu d’adapter sa stratégie à la nouvelle conjoncture.

Car les actions demeurent la pierre angulaire de la gestion de patrimoine à long terme. Qu’il s’agisse de valoriser son patrimoine ou de préparer sa retraite, le plan d’épargne en actions (PEA) offre un cadre privilégié au placement en actions.

Une enveloppe fiscale hors norme

Le PEA permet d’adoucir sensiblement la fiscalité des investissements en actions européennes achetées en direct ou via des fonds. Avantage : les investissements sont exonérés de l’impôt sur les dividendes et sur les plus-values après cinq ans et la sortie en rente viagère bénéficie d’un traitement fiscal très privilégié.

Concrètement, on ne touche pas aux sommes déjà placées en titres ou en fonds tant qu’ils n’ont pas retrouvé des cours plus engageants. Et on continue d’alimenter son PEA, mais en choisissant - peut-être - d’autres catégories boursières.

Le solde du portefeuille (le "compte espèces") ou des versements ponctuels peuvent être réorientés dès aujourd’hui pour tenir compte de la nouvelle donne économique et financière.

Il n’appartient pas à "Dossier Familial" de préconiser l’achat de tel titre ou de tel fonds, mais parmi les conseils judicieux que nous nous autorisons figure celui qui consiste à protéger son épargne avec des fonds diversifiés : ils sont investis à 75 % minimum en actions européennes, pour respecter la contrainte d’éligibilité au PEA, mais les 25 % restants sont placés sur des classes d’actifs moins risquées, en obligations ou en monétaires.

PEA : une fiscalité douce après cinq ans

DATE CONSEQUENCES D'UN RETRAIT FISCALITE (les gains supportent les contributions sociales ; 12,1 % depuis le 1er janvier 2009)
Avant 2 ans Tout retrait entraîne la clôture du PEA 22,5 % (La valeur liquidative du PEA s'ajoute au total des cessions de titres réalisées par le foyer fiscal. L'imposition ne s'applique que si le ménage dépasse le seuil de cession l'année du retrait (25 730 € en 2009)
Entre 2 et 5 ans 18 % (La valeur liquidative du PEA s'ajoute au total des cessions de titres réalisées par le foyer fiscal. L'imposition ne s'applique que si le ménage dépasse le seuil de cession l'année du retrait (25 730 € en 2009)
Entre 5 et 8 ans Exonération
Après 8 ans Un retrait partiel interdit d'effectuer de nouveaux versements Exonération
Un retrait total ou la conversion en rente entraînent la clôture du PEA

La vertu récompensée

Autre recommandation, ne pas oublier une catégorie de produits correspondant tout à fait à l’époque : les fonds d’investissement socialement responsables (ISR). Ils sont eux aussi investis en actions.

Leur gestion intègre des critères extrafinanciers comme le respect de l’environnement, du social et de la gouvernance. Or, dans la crise actuelle, la Bourse a tendance à récompenser les sociétés les plus vertueuses dans ces domaines.

Enfin, les épargnants les plus prudents peuvent laisser passer l’orage boursier en investissant sur une sicav monétaire éligible au PEA.

Par une technique de gestion subtile, ces produits procurent un rendement proche de celui des sicav monétaires, mais peuvent bel et bien être logés dans un PEA. Comme les monétaires classiques, ces produits sont sans risque. Toutefois, les monétaires du PEA ne se conçoivent que de façon transitoire, le temps d’y voir plus clair en Bourse.

Ouvrir un PEA

La période que nous traversons devrait aussi inciter les personnes qui ne possèdent pas encore de PEA à en ouvrir un. Pourquoi ? D’abord, parce que la date de départ du compteur fiscal est celle de l’ouverture du plan, quelle que soit la date des versements ultérieurs.

Elles ont donc tout intérêt à en ouvrir un, pour "prendre date", quitte à ne verser que quelques centaines d’euros dans un premier temps.

Car l’important avec le PEA, c’est de durer. D’autant que, toujours au rang des avantages, on peut convertir le plan en rente viagère afin, par exemple, de compléter ses revenus lors de la retraite.

Lors de sa clôture, l’épargnant opte pour la conversion du capital en une rente versée jusqu’à son décès, pouvant éventuellement être assortie d’une clause de réversion en faveur de son conjoint.

"La sortie en rente viagère est très avantageuse du point de vue fiscal, car la rente est exonérée d’impôt sur le revenu. Par ailleurs, si les contributions sociales restent dues, elles sont calculées sur une fraction de la rente dont le montant dépend de l’âge du bénéficiaire au moment où il la demande. Par exemple, sur 30 % de la rente si le détenteur a plus de 70 ans", explique Pascale Micoleau-Marcel, déléguée générale de La Finance pour tous.

Épargner au fil de l’eau

Outre ses avantages fiscaux, le grand atout du PEA réside dans sa souplesse : l’épargnant est libre de réaliser les arbitrages de son choix à l’intérieur du plan. Il n’est d’ailleurs pas obligé d’investir immédiatement la totalité des sommes versées : le PEA comporte un compte titres assorti d’un compte espèces permettant de recueillir les versements et le produit des ventes en attente de réinvestissement.

Sa palette d’investissement est variée et accueille des actions européennes, mais aussi les sicav et des fonds communs de placement investis à 75 % minimum en actions européennes. Les sicav d’actions françaises répondent donc à cette contrainte.

Le choix des produits dépend, notamment, du mode d’alimentation du plan choisi par l’épargnant : ceux qui réalisent des versements programmés peuvent envisager les à-coups de la Bourse plus sereinement. Ils versent, chaque mois, trimestre ou semestre, une somme fixe sur leur PEA. Prélevée sur leur compte à vue, elle est ensuite investie sur le ou les fonds préalablement sélectionnés par l’investisseur.

Lisser le prix d'entrée

Avantage de cette méthode : elle permet de lisser le prix d’entrée pour éviter d’investir au plus haut des marchés. Lorsque la Bourse monte, l’épargnant achète de moins en moins de parts de sicav avec la même somme.

À l’inverse, lorsque la Bourse baisse, il achète plus de parts pour le même montant, puisque la valeur liquidative de la sicav a reculé.

Autre atout, ce mode d’alimentation de son plan permet de se construire un capital de façon indolore. "Les versements programmés permettent à tous ceux qui n’ont pas de capital de se constituer une épargne pour le long terme. L’idéal est de choisir un rythme d’investissement mensuel, correspondant au rythme des revenus, et de commencer tôt, même si l’on ne peut y consacrer qu’une centaine d’euros par mois", souligne Olivier Éon, à l’observatoire indépendant des produits financiers Testé pour vous.

Le PEA en cinq points clés

  • Plafond de versements : 132 000 €.
  • Placements éligibles : actions européennes, sicav et fonds investis à 75 % minimum en actions européennes.
  • Délai minimal pour bénéficier de l’exonération d’impôt : cinq ans à compter de l’ouverture du plan.
  • Sortie : rente ou capital.
  • Détention : un par contribuable (deux au maximum dans un couple ; les enfants mineurs n’y ont pas accès).