Annoncer la mort d’un proche à son enfant

Annoncer la mort d’un proche à son enfant

Difficile de trouver les mots pour expliquer à un petit la disparition d’un parent. Il est pourtant indispensable de l’accompagner dans cette épreuve.

Les enfants commencent à s’interroger sur la mort vers 3 à 5 ans, à l’âge de l’autonomie et des premières préoccupations existentielles. Les questions peuvent poindre spontanément ou lors de la mort d’une grand-mère, du chat ou d’un simple insecte, ou encore à la suite d’une lecture ou d’un reportage à la télévision.

Il n’est pas toujours simple d’y répondre, dans notre société où la mort semble devenue taboue et où l’on surprotège les petits. Les parents devront pourtant s’efforcer d’apporter des explications, car une dérobade serait source d’angoisse.

Préparer l'enfant au décès d'un proche

La mort, le deuil, le chagrin sont des étapes de la vie dont ne doivent être exclus ni les ados, ni les bambins, ni même les nourrissons, qui, s’ils ne comprennent bien sûr pas les mots, savent percevoir une émotion.

Lorsqu’un proche souffre d’une maladie dont l’issue est fatale, il vaut mieux en suivre l’évolution avec l’enfant. En lui expliquant, par exemple, que son grand-père a telle maladie - qu’on nommera : "alzheimer", "cancer du pancréas"… -, que, pour cette raison, il va souvent à l’hôpital, ne joue plus avec lui comme avant, dit parfois des choses incohérentes ou change physiquement. Mais qu’il aime toujours autant son petit-fils (ou sa petite-fille), même s’il est affaibli.

On le préparera peu à peu au fait que son grand-père ne guérira pas et qu’il va mourir : cela évitera la brutalité d’une annonce qui restera difficile et, surtout, l’enfant n’aura pas l’impression d’avoir été trompé.

Rassurer l'enfant

Dans le même temps, il faut le rassurer : la plupart des maladies, surtout celles qu’il attrape, peuvent être guéries grâce aux progrès de la médecine. Mais certaines ne peuvent pas encore être soignées et sont mortelles.

Enfin, un petit s’imagine parfois que la maladie est survenue par sa faute parce qu’il n’a pas été gentil avec la personne à un moment ou à un autre : là encore, on le tranquillisera pour qu’il ne se sente pas responsable.

Éviter à tout prix les mensonges

Quand il s’agit d’un décès brutal, il n’y a pas de recette miracle et les choses sont simplement plus concentrées. "Ce moment est émotionnellement très chargé, et la personne qui doit l’annoncer aux enfants est elle-même dans une surcharge affective majeure.

Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’on s’en débrouille merveilleusement bien, qu’on trouve les mots qui conviennent, qu’on puisse endiguer les questions et les angoisses des enfants, etc. Non, ça se passera “mal” au sens où ça fera mal", explique le pédopsychiatre Patrick Ben Soussan.

Quoi qu’il en soit, il faut à tout prix éviter les mensonges. Bannir les phrases du type "papa est parti pour un long voyage", ou le fils attendra son père indéfiniment, et ne supportera pas ensuite qu’on lui ait menti.

Partager ses croyances

Et se méfier des formules classiques comme "il est au ciel", qui peuvent troubler les enfants. "Beaucoup sont traumatisés à l’idée que leur grand-mère les voit tout le temps, pendant qu’ils dorment, qu’ils sont aux toilettes ou qu’ils font une bêtise.

Il faut leur expliquer que c’est une façon de parler, qu’ils peuvent y croire mais que ce n’est pas “pour de vrai”", note de son côté le psychiatre et psychanalyste Daniel Oppenheim.

De même, il est important de clarifier l’idée de la vie après la mort. Quelles que soient leurs convictions religieuses, les parents peuvent indiquer que c’est une croyance, et que tout le monde n’a pas les mêmes idées sur le sujet. "Lorsqu’on dit que grand-père est au paradis, ou bien qu’il repose au cimetière, ils pourront ainsi expliquer que c’est un lieu qui facilite le dialogue par la pensée", précise-t-il.

Sauf s’il s’y oppose, il n’y a pas de raison pour qu’un enfant ne voie pas le corps du défunt. "Cette confrontation peut lui permettre de réfléchir à cette disparition et l’intégrer. C’est à cela que servent les rites funéraires aujourd’hui devenus rares", affirme le Dr Ben Soussan.

"Il est préférable néanmoins que l’enfant ait pu suivre, à l’hôpital, à la maison de retraite, l’évolution physique du défunt. Et si la maladie ou l’accident ont trop déformé le corps, il vaut mieux attendre que la toilette mortuaire ait été effectuée. Enfin, il faut prendre soin d’expliquer que la personne était d’accord avec ce principe, afin que l’enfant n’ait pas le sentiment d’être voyeur ou intrusif", nuance le Dr Oppenheim.

Participer aux rituels funéraires

Quant à l’enterrement, il est important que les enfants y participent, car ce sont des moments qui appartiennent à l’histoire de la famille dans son entier. "Que la cérémonie soit religieuse ou civile, ils doivent y être associés et si possible en être acteurs. On pourra leur suggérer d’y contribuer à leur façon, avec un dessin, un bouquet, un texte…", propose le Dr Ben Soussan.

Sans oublier de rassurer les plus petits en leur expliquant qu’enterrer ou brûler le corps est une tradition, mais que ce corps est mort, qu’il ne ressent aucune souffrance et qu’il n’a pas froid. Et que cette "dernière demeure" - tombeau ou endroit où l’on aura dispersé les cendres -, est un lieu de souvenir.

Enfin, certains enfants peuvent rire, s’agiter, courir entre les tombes, bref "se tenir mal" et choquer l’assistance… Inutile de les culpabiliser : ils sont eux aussi troublés. "On peut leur expliquer que les parents ont besoin de ce moment pour se recueillir, et leur proposer de se faire accompagner par un adulte pour faire un tour, sans pour autant les écarter de la cérémonie", suggère le Dr Oppenheim.

Comprendre son deuil

Dans les premiers temps, les enfants font parfois montre d’une apparente indifférence qui trouble les adultes. "Nous associons immédiatement la notion de mort à celle de disparition. Les enfants, eux, doivent faire concrètement l’expérience de l’absence : “Je ne fais plus de sport avec papi le mercredi”, “Mamie n’est plus là pour me lire des histoires”…", explique le Dr Ben Soussan.

Là encore, inutile donc de les culpabiliser, car l’émotion ne prendra pas toujours la forme attendue.

Entretenir le souvenir

Enfin, il est normal qu’un enfant soit triste longtemps après la mort d’un proche, plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Mais cette tristesse doit évoluer.

"Si l’on sent qu’il fait du surplace, il faut dialoguer. Lui dire par exemple qu’il ne lui est pas nécessaire de souffrir beaucoup pour prouver qu’il continue à l’aimer, précise le Dr Oppenheim. Il faut lui montrer que celui qui est mort reste présent par les souvenirs, les objets, les photos, mais que la vie continue et qu’il ne faut pas se sacrifier pour le défunt."

En revanche, si l’on sent que l’enfant ne s’en sort pas, il ne faudra pas hésiter à aller consulter un psychologue.

Réagir face à la mort d’un autre enfant

Le processus d’explication ne diffère guère dans le cas où c’est un autre enfant qui vient de décéder. On devra bien expliquer que, s’il est inhabituel qu’un petit meure avant un adulte, cela peut exister et qu’il n’y a pas de règle.

L’enfant devra comprendre l’enchaînement des circonstances de la mort, qu’il s’agisse d’une maladie ou d’un accident, et bien intégrer qu’il n’est en aucun cas responsable. "Enfin, il faudra lui faire mesurer que, même courte, une vie vaut toujours la peine d’être vécue", précise le Dr Oppenheim.

Les cas de mort in utero sont plus complexes à faire comprendre, car l’enfant n’aura pas la représentation du bébé. "Néanmoins, si la grossesse était déjà assez avancée, il en aura déjà eu la perception, il aura mis sa main sur le ventre de sa mère, entendu ses parents faire des projets. Il faudra alors lui dire que le bébé a existé dans la famille, qu’il restera toujours le grand frère de ce bébé, et que si un autre enfant vient à naître, il ne remplacera pas le précédent", conclut-il.

Autre article : Conjoint survivant : comment conserver son logement ?

1 RÉACTIONS À L'ARTICLE
Par Maryser Mardi 15 avril 2014
Suicide d un papy

Quoi dire à des enfants de moins de 6 ans que que papy est mort
Si ils demande de venir voir le cercueil est bien
Merci

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