Un break peut-il sauver le couple ?

Un break peut-il sauver le couple ?

Quand le couple bat de l'aile, une parenthèse de réflexion en solo peut, lorsqu'elle est bien préparée et décidée en commun, éviter le pire.

Ludovic est directement parti de chez papa-maman pour emménager avec Virginie. Au bout d'un an et demi, il lui avoue qu'il préférerait vivre seul pour un temps. “Cela n'avait rien à voir avec son amour pour moi, mais il ne se sentait pas prêt pour la vie de couple, se souvient Virginie. Mon entourage n'y croyait guère, pourtant deux ans plus tard nous nous sommes mariés. Cela fait maintenant douze ans…”

Parenthèse-hésitation

Après l'enivrement des premiers feux, il n'est pas rare qu'un jeune homme recule ainsi avant de s'engager et demande un délai de réflexion. Cette parenthèse-hésitation peut permettre à l'amour de mûrir, comme l'autorisait autrefois le délai des fiançailles. Le pari est très différent lorsque la demande surgit au bout de vingt-cinq ou trente ans de vie commune.

La passion rejaillit des cendres

Les enfants partis, le couple se demande s'il a encore quelque chose à faire ensemble. L'ennui, les reproches, la sensation d'étouffer ou de s'étioler ne sont-ils pas les rejetons inéluctables de la routine ?Pour que la passion rejaillisse des cendres, il suffirait peut-être d'échapper à ce morne quotidien : se donner rendez-vous et se “re-séduire” comme aux débuts, ne partager à nouveau que des choses agréables…

Le break, moment suspendu

Les “vieux amants” font une pause et ne vivent plus ensemble, mais ils continuent à se voir et à entretenir une vie sexuelle. Ils évitent d'aborder les problèmes lors des rencontres, puisqu'il s'agit de se redécouvrir amoureux comme aux premiers temps. Hélas, quand ils réemménagent sous le même toit, ils retombent vite dans les mêmes ornières.

“Le break remet dans la situation de l'idéal, souligne Geneviève Djenati, psychanalyste et thérapeute de couple. Mais après ce “moment suspendu” on reprend les choses exactement au même endroit. La désillusion est cruelle, car on pensait que l'interlude résoudrait tout par magie.”

Prendre du recul

La séparation provisoire peut poursuivre un dessein apparemment plus réaliste : prendre du recul par rapport aux disputes ou à l'insatisfaction quotidienne afin de mieux savoir où l'on en est. Faire le point pour discerner si le couple a, ou non, un avenir. Cependant, là encore, elle n'offre pas de solution miracle.

Françoise vit un break douloureux depuis six mois, après trente ans de vie commune. C'est elle, pourtant, qui en a pris l'initiative. “Ce sont les enfants qui solidifiaient notre couple. À l'époque où le dernier est devenu majeur, nous nous étions déjà éloignés. J'avais le sentiment que notre vie avait toujours tourné autour de mon mari et qu'il faisait preuve de plus de considération pour n'importe qui que pour moi. Je pensais que s'il tenait vraiment à moi, il viendrait me rechercher et tenterait de me reconquérir. En fait, j'attendais qu'il exprime des regrets et un désir de s'amender. Mais nous avons dialogué trop tard sur ce qui n'allait pas et nous n'avons pas réussi à sortir de l'incompréhension.”

Thérapie, mode d'emploi

Comme celle de Françoise, beaucoup de tentatives sont effectuées dans l'idée que c'est l'autre qui doit changer, avec l'espoir que l'expérience l'aidera à une prise de conscience. Mais si l'on ne se remet pas un minimum en cause, il y a peu d'espoir que la relation s'améliore.

Pour que la “thérapie” ait une chance de fonctionner, il faut aussi que la décision soit prise en commun. Sinon, celui qui la subit risque de ne pas jouer le jeu. “Mon mari m'a dit : “Si tu passes cette porte, c'est fini”, reconnaît Martine. Et il a annulé les rendez-vous avec le thérapeute conjugal qui nous suivait depuis plusieurs mois : “Pour aboutir à ça !”

“Tant que chacun garde en tête que c'est la faute de l'autre, on n'en sort pas, confirme Geneviève Djenati. Pour que la pause soit profitable, il faut être attentif à ce que l'on ressent, s'interroger sur ce qu'on attend de l'autre et que l'on n'a pas eu. Mais aussi sur ce qui ne va pas dans la manière de vivre ensemble, avec notre propre part de responsabilité, et ce que l'on pourrait faire pour que cela change.”

Ce ne sont pas des vacances !

Ce ne sont pas des vacances ! Car repartir du bon pied implique de dresser l'inventaire de la relation passée et de parvenir à se mettre d'accord pour préparer le retour sur de meilleures bases.

“Le break a souvent lieu parce qu'on ne communique plus, souligne Geneviève Djenati. On peut être ensemble sans être ensemble… Le lien, c'est la parole, l'imaginaire, les émotions, pas la présence physique. Ne pas se voir n'est qu'une “pseudo-solution”. Or, pour que le remède ne soit pas pire que le mal, il faut réussir à se parler. Ce qui implique parfois de se retrouver chez le thérapeute de couple, histoire de déminer le terrain avant de se remettre ensemble…

Une séparation à l'essai ?

Lorsque l'on ne peut plus se supporter au quotidien, on pense qu'on serait peut-être mieux seul, ou avec quelqu'un d'autre. S'éloigner permet de tester : est-ce que notre conjoint nous manque ou non ? C'est par l'absence que l'on s'en rend vraiment compte. Certains s'aperçoivent qu'ils sont très attachés l'un à l'autre, et donc que cela vaut la peine de faire des efforts.

Mais une fois sur deux le break dure un peu trop (plus de trois mois) et ressemble plutôt à une "séparation à l'essai". L'un des partenaires a déjà décidé de son départ, mais il redoute l'inconnu, la solitude, et voudrait pouvoir le tester sans que ce soit irrémédiable. Ou bien il préfère parler de break pour ménager son partenaire et rompre "en douceur".