Peut-on vivre avec un séducteur ?

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Un conjoint charmeur ou séducteur n'est pas toujours facile à assumer. Beaucoup en ressortent blessées. D'autres parviennent à trouver un équilibre de couple. Mais à quelles conditions ?

Delphine, elle-même charmante, reconnaît n'avoir pas pu "dompter" un mari qui papillonnait plus que de raison : "Nous étions habitués aux endroits chics. Participer à des soirées ou des week-ends en société implique forcément un certain degré de séduction. Mais la drague systématique, c'est autre chose ! Il y a eu des mises au point et des explications orageuses. Pour lui montrer que je n'avais pas l'intention de rester sur le carreau et pour lui faire mal aussi, je me suis vengée. Mais vivre comme ça est destructeur et épuisant. Après une période de colère, je me suis mise à douter de tout et surtout de moi. Il n'a rien fait pour changer vraiment et on a divorcé, il y a deux ans. Certaines bornes avaient été dépassées et j'avais le sentiment insupportable d'être dévalorisée."

Etre l'élu d'un séducteur

L'histoire du couple est bien souvent la même. L'aura qui entoure le Casanova est d'abord attirante. Les premiers temps sont paradisiaques, la partenaire se sent l'élue, l'unique. Ce qui, il faut l'avouer, renforce sérieusement l'image que l'on a de soi. Quoi de plus stimulant que d'être choisie parmi tant d'autres ? Mais, au bout d'un certain temps, la désillusion s'installe : le séducteur part conquérir d'autres territoires, fasciner d'autres proies ou subjuguer d'autres auditoires.

Quel séducteur est-il ?

Le conquérant

Il y a trois types de séducteurs. Ceux qui, comme le mari de Delphine, bondissent d'une conquête amoureuse à l'autre.

Le mondain

Puis ceux qui ont seulement besoin de briller en société. Le désir de reconnaissance, la peur de passer inaperçu, l'angoisse peut-être de ne plus exister dans l'esprit d'autrui sont les ressorts profonds qui poussent ces "séducteurs sociaux" à occuper le devant de la scène, sans que la sexualité soit nécessairement au premier plan.

Leurs conjoints s'agacent quelquefois, mais Élise a choisi d'en rire. "Je connais son scénario à fond, confie-t-elle. Il tâte d'abord l'atmosphère en faisant le détaché, puis il accroche une conversation en cours et il parvient à monopoliser la parole tout en faisant croire à ses interlocuteurs qu'ils sont très brillants et dignes de son intérêt. Ça ne rate jamais, on le trouve toujours épatant. Il n'est pas snob mais c'est un vrai mondain, dans le sens où il aime avoir du monde autour de lui. Je crois qu'au fond ça le rassure. J'ai compris depuis longtemps qu'il fallait que j'aie mes propres activités et centres d'intérêt. Mais cela ne nous empêche pas de partager beaucoup de choses."

Le galant

Il existe enfin un type de charmeur léger, pour qui la séduction est une manière d'être, presque une politesse, qui facilite les contacts et donne un petit piment nécessaire aux relations homme-femme. Celui-là sait rester fidèle à ses engagements profonds et se positionne clairement par rapport à sa partenaire. François assume depuis longtemps ce qu'il considère comme de la galanterie : "Faire du charme arrondit les angles. Je considère que c'est une ouverture à l'autre. Ma femme est assurée que je lui suis fidèle, mais parfois je me dis : “Si tu avais voulu, tu aurais pu ! Le fait qu'il y ait cette simple potentialité m'est agréable."

Charmer "sur le tard"

Alain Pierrelas, psychothérapeute, observe que bon nombre d'hommes ont une période de "flamboyance" à l'âge d'être grand-père, pour se rassurer et reculer l'emprise du temps : "Cela crée parfois des tensions dans le couple, mais la plupart des femmes mûrissantes ont une vision plutôt sereine de la situation. La famille est déjà constituée, elles ont des préoccupations moins centrées sur le couple et, surtout, elles se sentent utiles à d'autres : enfants ou petits-enfants. Elles ont tendance à pardonner les frasques de leur époux de façon un peu maternelle, comme s'il n'était qu'un vilain garnement. Elles savent que les sentiments profonds restent au sein du couple."

La séduction est un moteur puissant de la relation humaine, comme le souligne François, mais quand le moteur s'emballe, gare à la destruction !

L'avis du psychothérapeute : pour certains, la séduction est une addiction

N'étant pas sûr de sa valeur, le séducteur a besoin d'être rassuré en permanence en mettant la barre de plus en plus haut. Bien souvent, il donne à penser à sa nouvelle partenaire qu'elle sera la dernière, celle qui saura enfin le combler. Or il ne peut être fidèle, car chaque conquête est un nouvel exploit et renoncer à conquérir serait un peu comme renoncer à vivre. La partenaire va peu à peu se sentir niée et ressentir

une baisse d'estime d'elle-même qui peut la mener à la dépression, surtout si elle place la fidélité au cœur de la relation. Elle peut aussi s'épuiser à essayer de montrer à son compagnon à quel point son comportement la fait souffrir.

Les premières questions à se poser sont : "Pourquoi est-ce que je l'ai choisi, lui ? Est-ce que je savais qu'il était comme cela ? J'ai sans doute été flattée, mais maintenant qu'est-ce qui fait que je n'arrive pas à partir malgré la souffrance ?"

C'est peut-être l'espoir de retourner la situation, qu'il revienne à de meilleurs

sentiments, qui les fait tenir malgré la crise. La meilleure solution
est malheureusement bien souvent la fuite, surtout si le compagnon séducteur refuse de se faire lui-même aider par un professionnel.

Patricia Chalon, Coauteur, avec Michel Cymes, du "Dico féminin/masculin de l'amour", éditions Marabout, 2006.