Soigner une bronchite chronique

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Aussi fréquente que l'asthme, cette maladie respiratoire grave touche les fumeurs à partir de 40 ans. Attention, on peut être atteint même si on tousse très peu !

Il n'est pas naturel de tousser et de cracher le matin. De même qu'il n'est pas normal de se sentir essoufflé après avoir monté un étage, en marchant vite, en bricolant, en faisant les lits, etc. Pourtant, habitués à ces symptômes, nombre de fumeurs n'en ont même plus vraiment conscience. Ils réduisent peu à peu leurs activités, les adaptant à leur souffle court… et courent lentement mais sûrement à la catastrophe.

Les fumeurs en première ligne

La plupart des accros du tabac sous-estiment la gravité de la menace. Ils ignorent que, non soignée ou soignée trop tard, la maladie qui produit ces symptômes risque de les rendre dépendants d'une machine qui délivre de l'oxygène, manquant de souffle au point de ne plus pouvoir faire dix pas, ni même lever un bras.

Des bronches très encombrées

L'ancienne expression "bronchite chronique" ne recouvre que partiellement les dégâts de cette maladie, c'est pourquoi les médecins l'ont rebaptisée "broncho-pneumopathie chronique obstructive", BPCO. Aux symptômes inflammatoires de la bronchite se mêle, en effet, une obstruction qui rétrécit peu à peu les bronches. Car non

seulement celles-ci sont encombrées par une sécrétion exagérée de mucus, mais le tabac attaque peu à peu leur paroi et leur muscle. Moins tonique, moins élastique, le "tuyau d'air" parvient de plus en plus difficilement à se gonfler à l'inspiration, à se dégonfler à l'expiration.

Les complications

La situation se complique souvent d'emphysème. L'air ne s'évacuant pas bien, les alvéoles, qui sont très fragiles, subissent une surpression et finissent par éclater. Or c'est dans les alvéoles, situées à l'extrémité des bronchioles, que se produisent les échanges gazeux (arrivée de l'oxygène, départ du gaz carbonique). "Lorsqu'il n'y a plus que cent alvéoles au lieu de mille autour d'une bronche, on manque d'oxygène et le gaz carbonique n'est pas bien éliminé. Ce qui entraîne une insuffisance respiratoire souvent mortelle", explique le Dr Anne Prud'Homme, chef du service de pneumologie à l'hôpital de Tarbes.

Article actualisé le 27 novembre 2006

Ne pas attendre pour se soigner !

Quand les symptômes apparaissent, c'est que la maladie est déjà bien installée. Sa prise en charge précoce permet pourtant d'enrayer la dégradation respiratoire.

Premier objectif, bien sûr, l'arrêt du tabac. Cesser de fumer ne rendra pas au repenti les poumons de sa jeunesse, les lésions installées sont irréversibles. Mais la dégradation sera stoppée net.

Traitements

Lorsque les bronches sont déjà obstruées, la prescription de bronchodilatateurs entraîne une amélioration de la qualité de vie. Un réentraînement à l'effort fait aussi partie intégrante du traitement. Il permet de tirer le maximum de la capacité pulmonaire restante et divise par deux le risque d'insuffisance respiratoire. Dans l'idéal, il s'effectue sous forme d'un séjour d'un mois dans une structure spécialisée, mais parfois aussi chez soi, à cause du manque de places disponibles.

Si vous avez fumé, surtout n'attendez plus pour consulter. Cette sage décision vous permettra d'être moins essoufflé, de tousser moins, de mener davantage d'activités et plus facilement. Bref, de retrouver la vitalité !

Un diagnostic en dix minutes

Le diagnostic de la BPCO repose sur un test simple : le volume expiratoire maximum par seconde (VEMS). On inspire à fond et on vide ses poumons d'un coup sec. Le médecin voit si le résultat est normal par rapport à l'âge, à la taille, au poids, etc. Les généralistes ne sont pas encore équipés pour pratiquer cet examen.

En attendant, certains généralistes mesurent le débit respiratoire de pointe (peak flow). Inconvénient de ce test : il évalue seulement le degré d'obstruction des grosses bronches, alors que

la BPCO débute à la périphérie, dans les bronchioles.

Consulter un spécialiste

Si vous avez des inquiétudes, mieux vaut donc consulter un pneumologue. Il dispose d'un appareil performant qui lui permet de pratiquer un bilan complet (spirométrie). En dix minutes, un graphique affiche à la fois les débits (VEMS) et les volumes pulmonaires, indique le pourcentage éventuel d'emphysème, le degré d'obstruction des bronches et même le niveau où elles sont le plus malades.

3,5 millions de Français atteints

16 000 Français décèdent chaque année de BPCO. Si rien ne change, dans vingt ans cette maladie sera devenue la troisième cause de mortalité dans les pays industrialisés. Elle touche plutôt les fumeurs de plus de 45 ans, parmi lesquels de plus en plus de femmes. "Leurs bronches sont plus sensibles, elles sont atteintes plus tôt. Environ trois millions de Français souffrent déjà de BPCO, mais on ne connaît que la partie visible du fléau, un tiers des malades ne sont pas diagnostiqués, dit le Dr Prud'Homme. Dès 40 ans, tout fumeur devrait systématiquement faire tester son souffle. "