Guérir la maniaco-dépression

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En France, on dénombre environ 600 000 patients maniaco-dépressifs. Une prise en charge plus précoce permettrait de mieux la soigner cette maladie.

Caractérisée par des périodes de dépression puis d'euphorie entrecoupées de phases normales, la psychose maniaco-dépressive, ou trouble bipolaire, est une affection de l'humeur qui survient généralement entre 25 et 29 ans, à la suite d'un événement professionnel ou familial stressant.

Les épisodes dépressifs peuvent durer plusieurs mois (parfois plusieurs années), se traduire par une accablante tristesse, une baisse d'énergie, des troubles du sommeil, de l'appétit, de la mémoire et de la concentration.

Risque de suicide

"Surtout, le sujet se sent authentiquement incurable et ne parvient pas à envisager une amélioration de son état. Il perçoit son passé comme un échec, le présent lui est intolérable et l'avenir lui paraît tragique", indique le Dr Sami-Paul Tawil, auteur du livre "Le miroir de Janus" (éditions Robert Laffont, collection Réponses).

Pour ce psychiatre-psychothérapeute responsable depuis plus de vingt ans d'une unité d'hospitalisation à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, c'est la voie ouverte au suicide, le danger majeur de la maladie maniaco-dépressive. Le risque est trente fois supérieur à celui de la population générale.

Risque "euphorique"

Pendant la phase maniaque, le sujet se sent mieux et devient excessivement euphorique. Il ne dort plus et déborde d'initiatives. Plongé dans son univers optimiste, il sous-estime les difficultés de la réalité et surestime ses capacités, ce qui le conduit souvent à se mettre en danger (conduite à vitesse élevée, pratiques sexuelles à risque, dépenses financières inconsidérées…).

Article actualisé le 9 novembre 2006

Un diagnostic souvent trop tardif

En moyenne, il faut attendre huit à dix ans environ après l'apparition des premiers symptômes pour que le diagnostic de maniaco-dépression soit posé.

Un délai inadmissible quand on sait que, faute de traitement adéquat et d'hygiène de vie adaptée, le risque de rechute est grand. Or plus on fait de rechutes, plus on est enclin à en faire. Et plus les crises sont difficiles à soigner.

Vivre avec la maladie

Pourtant, comme en témoigne Laurence, on peut parfaitement vivre avec la maladie dès lors que celle-ci est correctement prise en charge. Cette jeune femme de 32 ans, bipolaire depuis douze ans, doit son salut au médecin qui, lors d'une hospitalisation en urgence, l'a mise sous lithium, un stabilisateur de l'humeur. "Jusque-là, on ne m'avait donné que des neuroleptiques et des anxiolytiques, autrement dit des médicaments pas très adaptés. Avec le lithium, mes angoisses, mes sautes d'humeur, mes discours intarissables quand j'étais en phase maniaque…, tout cela s'est lissé. J'ai également suivi un conseil lu dans un livre : je me suis adressée au responsable régional d'un laboratoire pharmaceutique pour trouver un bon psychiatre… C'est important d'avoir un interlocuteur à qui confier ses états d'âme et qui vous aide à identifier les signes avant-coureurs des crises."

Aujourd'hui, Laurence est confiante dans l'avenir. Ses projets : changer d'orientation professionnelle, pour se libérer du stress de l'enseignement, et… avoir un bébé. "Le plus dur, c'est de ne pas savoir ce dont on souffre. Et ça, maintenant, c'est derrière moi", conclut-elle.

Des formes plus ou moins atténuées de troubles

Il existe différents types de troubles bipolaires - six en tout -, qui vont de petits états d'excitation euphorique et d'épisodes dépressifs de faible intensité, seuls ou associés à des épisodes de manie franche, et des épisodes dépressifs majeurs. C'est d'ailleurs tout le problème posé par cette maladie : la plupart des généralistes que l'on consulte en premier lieu ignorent tout de ces différents types. "Même les psychiatres s'y laissent prendre, souligne le Dr Sami-Paul Tawil. Il suffit que la personne ait des crises maniaques très modérées et de bonnes raisons d'être dépressive, parce qu'elle vient d'être licenciée, par exemple, pour qu'elle soit aussitôt étiquetée "dépressive" et se voie prescrire des antidépresseurs. Malheureusement, certains d'entre eux sont totalement contre-indiqués aux bipolaires, car ils déclenchent chez eux des états maniaques !"