Amygdales : une opération bénigne

Amygdales : une opération bénigne

Fréquemment pratiquée sur les enfants il y a trente ans, l'ablation des amygdales, aujourd'hui plus rare, reste indiquée dans certains cas précis.

Les amygdales se développent dès la naissance. Ces tissus ganglionnaires, dits lymphoïdes, ont une mission précise : capter, via de petits trous appelés cryptes, les virus et bactéries venus de l'extérieur.

Leur "identité" est alors enregistrée dans la mémoire du système immunitaire, qui saura les reconnaître et réagir efficacement lors d'une exposition future en produisant des anticorps pour les détruire. Les amygdales atteignent leur maximum de volume vers l'âge de 6 ans, puis diminuent à partir de la puberté, une fois leur mission accomplie.

Cependant, il arrive que ces barrières naturelles deviennent une réserve de germes et qu'elles fassent office non plus de filtre, mais de foyer infectieux.

Les angines à répétition, une indication majeure

Douleur, fond de gorge rouge ou blanc, fièvre et réactions ganglionnaires : à partir de cinq angines par an chez les enfants, ou de trois par an depuis trois ans chez les enfants et les adultes, l'ablation des amygdales doit être envisagée.

Peu importe que les angines soient d'origine virale ou bactérienne, ce qui est à prendre en compte, c'est la répétition. Nombre d'interventions se font vers 3 à 4 ans.

Autre symptôme : l'inflammation permanente

Il arrive aussi que les symptômes de l'angine se manifestent de manière atténuée, mais constante : les amygdales sont légèrement rouges et douloureuses, la fièvre peu élevée, les ganglions plus petits que dans l'angine classique, et l'on peut voir des dépôts blanchâtres (caséum) sourdre au niveau des cryptes, d'où une mauvaise haleine.

Tout comme les angines à répétition, cette inflammation permanente des amygdales, appelée "amygdalite cryptique chronique", constitue un foyer infectieux qui nécessite une intervention chirurgicale.

Quand l'angine évolue en infection généralisée

Enfin, l'angine dégénère parfois en phlegmon périamygdalien (sorte de poche de pus qui se forme autour de l'amygdale). Cet abcès grave, qui peut évoluer en infection généralisée, se rencontre le plus souvent en cas d'angine bactérienne, lorsque celle-ci n'a pas été traitée au moyen d'antibiotiques mais avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens ou de l'aspirine.

L'opération est alors recommandée pour éviter une récidive, très fréquente en cas de nouvelle angine.

Trop gonflées ? À surveiller

L'intervention peut aussi être préconisée lorsque les amygdales, du fait d'une réaction immunitaire exagérée, sont gonflées en permanence, au point de se rejoindre et de gêner la respiration et la déglutition.

Elle s'impose quand les ronflements et les sueurs nocturnes sont accompagnés de pauses respiratoires (apnées) ou que les difficultés à s'alimenter, propres à l'enfant, retentissent sur sa croissance.

Détecter les signes de malignité

Quand seule une amygdale est gonflée et que les symptômes persistent depuis plus de trois mois malgré les soins, il faut craindre un cancer, surtout chez un fumeur. Elle présente dans ce cas une ulcération ou de petits saignements.

Si des ganglions se manifestent au niveau du cou ou du reste du corps, il peut s'agir d'un lymphome. L'ablation des deux amygdales s'impose rapidement, suivie de leur examen sous microscope pour rechercher des signes de malignité.

24 heures d'hospitalisation

Il n'y a pas de contre-indication à l'amygdalectomie. L'intervention est réalisée sous anesthésie générale, en milieu hospitalier, avec le plus souvent, mais pas obligatoirement, vingt-quatre heures d'hospitalisation.

Le praticien s'assure à cette occasion de l'état des végétations voisines si elles n'ont pas été retirées pour cause de rhino-pharyngite ou d'otite séreuse. Toujours pratiquée à distance d'un épisode infectieux, l'ablation s'effectue au moyen de ciseaux et de pinces coagulantes, ou, en cas de troubles de la coagulation, par laser.

En cas d'amygdalite chronique, le laser est aussi utilisé de manière à lisser le plus possible les amygdales. Les suites opératoires sont alors bien moins douloureuses et les risques d'infection ou de saignements écartés.

Des risques de saignements

Il arrive en effet que, juste après l'intervention par dissection, des germes se greffent sur la zone opérée, nécessitant le recours aux antibiotiques pour calmer douleurs et fièvre, ou que l'un des vaisseaux coagulés se remette à saigner, imposant une autre intervention.

D'autres saignements peuvent survenir pendant la cicatrisation, sept à dix jours plus tard, sous l'action conjuguée de la salive et de la langue, d'une infection, d'un traumatisme alimentaire (croûte de pain, arête de poisson…). Il faut revenir à l'hôpital pour renouveler la coagulation.

Deux à trois semaines de patience

Quant aux douleurs qui perdurent quelques jours après l'intervention, il convient de les soulager à l'aide d'antalgiques, comme la codéine, le paracétamol, voire la morphine.

Plus intenses lors de la déglutition, les douleurs consécutives à l'opération imposent de manger froid et mixé durant quelques jours. Il est conseillé de boire par petites gorgées et régulièrement, pour éviter la déshydratation, mais pas à la paille, en raison du risque de blessure.

Le retour à une alimentation normale se fait progressivement, en commençant par des aliments mous et tièdes comme des pâtes ou de la viande hachée. Une semaine plus tard, on peut manger normalement. Une fois la cicatrisation terminée, au bout de deux à trois semaines, le risque de contracter des angines bactériennes est définitivement écarté !