Addictions : comment y échapper ?

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La dépendance concerne un nombre croissant de nos contemporains. Heureusement, elle mobilise les médecins, qui la comprennent mieux et disposent de solutions de plus en plus efficaces pour la vaincre.

Depuis la nuit des temps, l’homme a été victime des drogues et de l’alcool. Mais il existe désormais bien d’autres dépendances, tout aussi insidieuses : aux médicaments, au couple, à la nourriture, aux achats, au jeu, à Internet… voire à la télévision ou aux sports extrêmes.

La dépendance touche aussi les quinquagénaires

Et l’étau ne se referme pas seulement à la période vulnérable de l’adolescence. Depuis quelques années, les médecins constatent que de plus en plus de quinquas ou de sexagénaires, qui pensaient sans doute avoir échappé au péril, basculent dans la dépendance sur le tard.

C’est le deuxième moment de vie à risque, avec la période autour de 20 ans.

Faire face à la société de consommation

Comment se fait-il que tant de personnes se retrouvent ainsi piégées, victimes d’un comportement qu’elles pensaient, au contraire, susceptible d’améliorer leur vie ?

Notre société de consommation a sans doute amplifié le phénomène, en augmentant le stress, contre lequel nous avons tendance à chercher des compensations, et en valorisant le "tout, tout de suite", dans lequel le plaisir gouverne sans frustration.

Cependant, on ne devient pas dépendant du jour au lendemain, et rarement par hasard.

Le dépendant peine à freiner son comportement

Où se situe la frontière entre plaisir et danger, entre une simple habitude, une passion saine, et une addiction - le terme américain - devenue toxique ? Est dépendant celui qui a perdu la liberté de s’abstenir.

Il a beau se promettre de ne plus céder à un besoin, celui-ci est devenu incontrôlable. Le dépendant n’est plus en mesure de modérer son comportement, et encore moins de l’arrêter, sans ressentir une sensation de manque pénible.

Autres caractéristiques de l’addiction : la "tolérance", qui oblige à augmenter les "doses" pour obtenir le même effet euphorisant ou apaisant, et le fait que cette attitude perturbe d’autres pans importants de la vie (famille, travail…).

Un état difficile à concevoir

Les personnes "raisonnables" ont du mal à comprendre quelle force interne irrésistible pousse à des conduites aussi destructrices. Contrairement à ce qu’elles pensent souvent, cela n’a pas grand-chose à voir avec la volonté.

Il s’agit d’une véritable maladie du cerveau, face à laquelle nous ne sommes pas égaux : certains tomberont très vite dans la dépendance, d’autres plus lentement, et d’autres jamais.

Il existe, en effet, une part de vulnérabilité biologique. Tout se passe dans la zone "primitive" du cerveau, appelée système limbique ou cerveau reptilien, qui échappe au contrôle du cortex, siège de la raison.

Cette zone abrite le "centre du plaisir et de la récompense", dont la stimulation procure une sensation de bien-être en augmentant la production d’une substance clé, la dopamine.

Une vulnérabilité génétique

Les chercheurs ont découvert que la modification de certains gènes, qui contrôlent la dopamine, multiplie par cinq ou dix le risque de devenir dépendant.

Ainsi, certains fumeurs risquent davantage d’être accros parce qu’ils sécréteront dès la première bouffée une dose importante de dopamine, alors que d’autres n’en sécréteront que peu.

D’autres gènes entrent en jeu. Une étude américaine a montré que les personnes qui résistent bien à l’alcool (grâce à un gène qui contrôle une enzyme du foie) ont trois fois plus de risques d’en devenir victimes. Tout se passe comme si les dépendants étaient moins sensibles à la satiété, ce qui les pousse à l’excès.

Cependant, vulnérabilité génétique ne signifie pas condamnation. Elle influerait pour environ 50 %. Un gène de susceptibilité ne se manifeste en effet qu’en présence d’autres facteurs de fragilité, inscrits dans l’histoire d’une personne.

La dépendance apaise le stress

La dépendance est une maladie de l’émotion. Une habitude que prennent à la fois le corps et l’esprit, parce qu’elle soutient face aux difficultés de la vie.

Elle apaise le stress, stimule et permet de fuir un temps la souffrance, l’angoisse et les peurs. Une sorte d’autothérapie sauvage, qui s’installera donc préférentiellement lors de passages délicats (rupture amoureuse, deuil, échec professionnel).

Selon les psychanalystes, l’addiction représente souvent une forme de dépression masquée et le dépendant est obligé de recourir à des béquilles parce qu’il souffre d’un manque fondamental d’estime de soi. Comme il ne s’aime pas assez, tout est bon pour se sentir moins vide et se consoler.

Mais la dépendance n’est pas toujours provoquée par une vie malheureuse. Une habitude de longue durée peut aussi simplement finir par piéger. Et si celle-ci s’enracine facilement, elle est malheureusement pénible à quitter.

Le cannabis et les autres drogues

Le cannabis ne tue pas, ne rend pas violent, et, contrairement à l’alcool ou à la cocaïne, il est peu toxique. Mais le nombre de ses consommateurs augmente et 10 % deviennent néanmoins dépendants.

Beaucoup plus dangereuse, car potentiellement mortelle, l’ecstasy, un dérivé de l’amphétamine, est aussi de plus en plus utilisée dans les fêtes. En revanche, le nombre d’usagers de la cocaïne semble stable (1 à 2 % des Français), de même que celui des héroïnomanes : 250 000 personnes.

Les traitements de substitution aident beaucoup ceux qui vont mal. Mais certains n’ont alors plus le désir de soigner globalement leur dépendance. Or, la toxicomanie découle toujours de la rencontre entre une personnalité et un produit, dans un moment socioculturel donné.

Quelques chiffres sur l'addiction

  • Environ 5 millions de Français ont un problème avec l’alcool (28 % des hommes et 11 % des femmes).
  • L’usage du cannabis a doublé en dix ans. La moitié des jeunes de 17 ans l’ont essayé et environ 280 000 personnes en consomment régulièrement.
  • Sur une étude portant sur 3 500 élèves du secondaire, près de 10 % ont déclaré avoir une crise de boulimie hebdomadaire.