Les dangers des additifs alimentaires

Les dangers des additifs alimentaires

Additifs, acides gras trans et huile de palme ont mauvaise presse. Rumeur ou réalité ? Voici les ingrédients dont on doit se méfier.

Chaque jour, les progrès scientifiques poussent les industriels de l’alimentation à utiliser de nouvelles molécules pour rendre leurs produits plus attrayants, ou plus sûrs.

Toutefois, certains ingrédients, dont le nom figure généralement sur l’emballage, restent très difficiles à décrypter pour le consommateur.

Les additifs sont signalés par la lettre E

Les additifs sont tous mentionnés par la lettre E suivie de trois chiffres. Derrière ces chiffres se cachent des anti­oxydants empêchant le rancissement et la perte de coloration des aliments (E300 à E321), des conservateurs limitant la croissance des bactéries, levures et moisissures (E200 à E285), des émulsifiants, épaississants et exhausteurs de goût (E322 à E495, E621…), des édulcorants pour donner une saveur sucrée (E420, E421 et E950 à E967), ou encore des colorants (E100 à E180). Pas simple à déchiffrer !

En Europe, aucun additif ne peut être mis sur le marché sans avoir subi une batterie de tests et reçu l’agrément de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA). Les évaluations réalisées par le Groupe scientifique sur les additifs permettent de définir une "dose maximale sans effets" (DSE) utilisée pour calculer la "dose journalière admissible" (DJA) pour chaque additif.

Ensuite, l’AESA dresse la liste des additifs autorisés conformément au règlement européen (Le règlement européen (CE) n° 1333/2008 regroupe quatre directives : 89/107/EEC (critères), 94/35/EC (édulcorants), 94/36/EC (colorants), 95/2/EC (additifs)).

Additifs : des conséquences à long terme méconnues

Malgré ces précautions, les additifs se retrouvent régulièrement accusés de bien des maux. Selon Robert Victoria, ingénieur d’étude à l’Institut national de la consommation, "sur près de 360 substances autorisées, aucune n’est cancérigène, mais 30 ou 40 d’entre elles peuvent gêner les personnes allergiques ou particulièrement sensibles".

Ce ne sont donc pas les quelques centaines de cas d’allergie qui posent problème, mais "les conséquences à long terme d’une absorption quotidienne de petites doses d’additifs et les effets de ce mélange dans l’organisme, encore inconnus des toxicologues, poursuit l’ingénieur. À cela, il faut ajouter l’ingestion de plusieurs contaminants (pesticides, mycotoxines, métaux lourds…)."

Les études sur les additifs

- L’aspartame (E951). En 1996, une étude l’accuse de provoquer des tumeurs au cerveau chez les rats. Depuis, de nombreuses enquêtes ont démontré l’absence de lien entre l’absorption de cet édulcorant et tout risque de cancer.

Cependant, il est déconseillé aux personnes souffrant de phénylcétonurie, cette maladie génétique provoquant une arriération mentale, désormais dépistée à la naissance.

- Le glutamate monosodique (E621). Cet exhausteur de goût, utilisé dans la cuisine asiatique (soupes, sauces), est parfois associé à un engourdissement de la nuque ou à des palpitations apparaissant dans la demi-heure suivant le repas. Ces effets sont connus sous le nom de "syndrome du restaurant chinois".

L’E621 est aussi présent dans de nombreux gâteaux pour l’apéritif, les bouillons "cube" et fonds de sauce. À ce jour, la relation entre l’additif et ces symptômes mineurs, mais constants, n’a pas pu être démontrée.

- Le benzoate de sodium (E122). En 2007, la revue médicale britannique "The Lancet" a publié une étude accusant ce conservateur, associé à certains colorants comme la carmoisine (E122) dans les bonbons, les sirops ou le ketchup, de favoriser un syndrome d’hyper­activité chez les enfants sensibles. Ses cousins (E210, E212, E213) sont dotés de propriétés similaires.

- Les nitrites (E249, E250) et les nitrates (E251, E252). Ces agents sont employés dans la préparation des charcuteries pour neutraliser la prolifération de bactéries à l’origine d’intoxications alimentaires pouvant être mortelles.

Mais, les nitrites se transformant dans le corps en nitrosamines, classées cancérigènes par l’Organisation mondiale de la santé. La Commission européenne envisage d’en réduire l’utilisation.

- Le propylène de glycol (E1520). Cet émulsifiant se retrouve dans les sauces de salade, les biscuits ou les bonbons, ainsi que dans les produits de beauté ou dans les fumées d’ambiance des discothèques.

Mais s’il fait peur, c’est parce qu’il est aussi utilisé comme antigel dans les chambres froides… Toutefois, son utilisation reste inoffensive, hormis pour les personnes souffrant d’une affection rénale ou d’asthme.

- La tartrazine (E102). Elle contient parfois des amines aromatiques, classées cancérigènes selon le Centre international de recherche sur le cancer.

Ce colorant azoïque, présent comme d’autres colorants (E110, E122, E123, E124 ou E151) dans les entremets, les confiseries ou les fruits confits, figure aussi sur la "liste des excipients à effet notoire" établie par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), en raison d’un risque de réactions allergiques.

Acides gras trans (AGT) : les mauvaises graisses à éviter

Également présents, bien qu’ils ne puissent être clairement identifiés dans la composition d’un aliment, les acides gras trans (AGT) font partie des "mauvaises" graisses. Ils diminuent le "bon" cholestérol (HDL), augmentent le "mauvais" (LDL), et donc accroissent le risque de maladies cardio-­vasculaires.

Les AGT se retrouvent naturellement dans la viande et les produits laitiers, mais également dans les produits transformés dont raffolent les enfants : viennoiseries, barres chocolatées, céréales du petit déjeuner, frites prêtes à cuire, tartes, chips, biscuits et autres nuggets.

Ces AGT apparaissent dans la liste des ingrédients sous le terme "huiles (ou graisses) partiellement hydrogénées".

L'huile de palme

L’huile de palme est la matière grasse la plus utilisée dans les produits "premier prix", car elle présente un faible coût de production (100 kg de fruits donnent environ 22 kg d’huile).

Elle apparaît sur les étiquettes sous la mention "huile végétale", sans plus de précision, et peut être également hydrogénée. En septembre dernier, le nutritionniste Jean-Michel Cohen a dénoncé l’emploi de ce terme perçu positivement par le consommateur.

En effet, la surconsommation d’huile de palme, produisant des acides gras saturés (AGS), augmente elle aussi le taux de mauvais cholestérol (LDL). Jean-Michel Cohen mène campagne auprès des industriels pour qu’ils renoncent à utiliser cette huile, plus riche en acides gras saturés que le gras de porc (saindoux).

Pour l’heure, il a été suivi par la marque Findus, qui a supprimé l’huile de palme dans tous ses produits, et par Casino qui s’est engagé à la remplacer dans 200 références portant sa propre marque avant 2011.

Les conseils de Charles Pernin, chargé de mission alimentation à l’association CLCV

1. Consulter sur les produits la liste des ingrédients classés par ordre d’importance (quantité). Cette information obligatoire renseigne sur la qualité du produit : un plat cuisiné affichant l’eau en premier sera essentiellement constitué de sauce !

2. Limiter les additifs en évitant les produits affichant quatre ou cinq substances chimiques.

3. Se fier à l’étiquetage nutritionnel plutôt qu’aux allégations comme "sans sucre" ou "light". Les sucres se cachent derrière le mot "glucides" et les graisses derrière "lipides".

Charles Pernin est aussi responsable du site www.lepointsurlatable.fr.

Site Internet sur les additifs

www.eufic.org/index/fr : des informations sur les additifs et la nutrition sur le site du Conseil européen de l’alimentation (liste des additifs).

www.afssaps.fr pour se procurer la "liste des excipients à effet notoire" et www.afssa.fr/PNB501.htm concernant les acides gras trans.